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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

L'ÉTÉ, LES SALLES SONT FRAÎCHES

2009-07-02

    Puisque l'été nous appelle à hauts cris et que le temps d'une petite pause est venue (pas d'inquiétude, 24images.com vous revient en pleine forme dès le 23 juillet, c'est promis), rien de tel qu'un petit tour d'horizon de ce qui vous fera frémir d'ici là, pour peu que vous lui en donniez l'occasion.

   Ca commencera par les zygomatiques que le 13e Festival du Film de Juste pour Rire se promet de venir vous titiller du 10 au 27 juillet à l'Impérial et à la cinéRobothèque de l'ONF. Beaucoup, beaucoup de courts, un certain OSS117 qui viendra faire les frais de l'ouverture en se demandant pourquoi Rio ne répond plus, plusieurs gros canons de l'humour lourdaud, mais surtout une curiosité qui nous avait allumé l'imagination durant la dernière quinzaine cannoise : Humpday de Lynn Shelton. Deux amis fauchés qui se mettent en tête de produire un film pour participer à un festival de film amateur porno homosexuel, un acteur (Joshua Leonard) présent lors de la projection du 17 juillet, 19h et un prix du jury à Sundance en cerise sur le gâteau, voilà qui promet quelques délicieux moments d'irrévérence.

    Viendra également le temps de tester sa résistance nerveuse lors des 3 semaines du 13e festival Fantasia et son cortège de colloques, soirées à la belle étoile, et bien évidemment films de genre, du plus déjanté au plus inoubliable, du 9 au 27 juillet. Si les mains se préparent à y applaudir l'arrivée de l'attendu Thirst : ceci est mon sang de Park Chan wook (prix du jury à Cannes), on peut aussi braquer le projecteur sur 3 dignes représentants de cette édition. Un vrai coup de cœur, d'abord, Evil Spirit VIY, première réalisation du coréen Park Jin Sung, un patronyme de plus à ajouter à notre liste de noms qui comptent. Variation en 3 actes inspirée par la nouvelle publiée par Gogol en 1835 (déjà à l'origine d'une adaptation culte signée par les russes Georgi Kropachyov et Konstantin Yershar en 1967), Viy décline en 3 interprétations différents niveaux de réalité qui se confondent et se croisent au mépris de toute logique : au milieu d'une quasi-mystique de la possession, un réalisateur tyrannique, un acteur en pleine représentation, un musicien aveugle et toujours une femme gracile aux longs cheveux noirs se disputent le temps d'écran. Où sont la réalité, la folie, le rêve, le fantasme? Comme dans un bon vieux tour de passe-passe mais revu et corrigé par un cinéaste à la maîtrise formelle épatante, faisant de l'épure et de la retenue un véritable art de filmer. Une réelle découverte.

    Beaucoup d'ambition aussi du côté des français Nicolas Aberny et Jean Mach qui présenteront leur 8th Wonderland, un des heureux élus d'une nouvelle et attendue section fantasienne consacrée à la science-fiction, Vers les étoiles. Dans une galaxie très proche d'ici, un pays virtuel – le 8th Wonderland du titre – est crée sur internet. Un référendum par semaine ouvert à chaque citoyen et voilà l'utopie d'une démocratie totale qui prend son envol. Or ce pays est bien décidé à rendre le monde réel plus juste, plus beau, plus équitable. Que de nobles projets. Mais la fin justifie-t-elle les moyens? Film littéralement « mondialisé », 8th Wonderland intrigue surtout par sa mise en scène du monde réel (pour le pays virtuel, on aura déjà vu plus inventif), vu comme un espace baroque, et décadent, aux lumières tamisées, mais ne parvenant jamais à cacher le jupon de sa cupidité et de son immoralité. Regarder l'avenir pour mieux mettre sa claque au présent? Le truc est efficace.

    Mais Fantasia ne serait pas Fantasia sans ces séries B fabriquées à coups de bouts de ficelles, de bon vieux ketchup dégoulinant, de déconstructions hyper ludiques et de mauvais esprit jouissif. Fantasia, on y va aussi pour le spectacle dans la salle, spectacle que devrait provoquer sans grand mal Must Love Death de l'allemand Andreas Schapp qui signe-là un film aussi yankee qu'une cadillac rose bonbon. Comédie romantique à la sauce gore où les filles sont maquillées comme des camions volés et les garçons ont de grands yeux tristes, Must Love Death fait partie de ces films à qui rien n'est reprochable puisque tout y est assumé avec une candeur potache irrésistible. Les ficelles sont grosses comme le bras, le sang splashe comme il faut, c'est vulgaire, sale et grossier, c'est aussi léger qu'une choucroute en plein été et donc parfaitement jubilatoire.

    Reste un événement spécial accueilli on l'imagine à bras ouverts par l'équipe de Fantasia et concocté par la fine équipe de la Cinémathèque Québécoise : L'empire du désir, le pinku eiga ou l'érotisme japonais au cinéma, du 15 au 26 juillet (une exposition de 47 affiches originales pas piquées des vers a lieu depuis le 10 juin et se poursuivra jusqu'au 21 août). Au menu de ce cycle franchement spécial, 13 films érotiques de l'empire du soleil levant, pour la plupart produits durant les années 60 et 70 lorsque le soft-core japonais prenait son envol. De Daydream de Tetsuji Takechi (1964), considéré comme précurseur du genre, jusqu'au subversif et extrême Quand l'embryon part braconner réalisé en 1966 par le maître Koji Wakamatsu (dont on attend par ailleurs avec impatience le nouveau United Red Army consacré à l'essor du mouvement d'extrême gauche japonais dans les années 70). Préparez vos cartes d'identité, l'olé-olé japonais est pour public averti.

Du rire gras ou fin, des frissons de l'échine aux doigts de pieds et des sensations inavouables : l'été nous gâte!

Bonnes vacances et bon cinéma

Helen Faradji

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