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OSS 117 : RIO NE RÉPOND PLUS – critique de Marcel Jean

2009-07-23

LE RETOUR DU GRAND CON

    Trois ans après le succès d’OSS 117 : Le Caire nid d’espions, voici Jean Dujardin de retour dans la peau d’Hubert Bonisseur de La Bath, avec la complicité renouvelée du réalisateur Michel Hazanavicius et du scénariste Jean-François Halin. Sorti en France en avril dernier, OSS 117 : Rio ne répond plus a connu un destin en salles semblable à l’épisode précédent (2,5 millions d’entrées, en hausse de 10% par rapport au premier). Succès mérité tant le film est à la hauteur des attentes, les mésaventures brésiliennes de l’as des espions français surpassant à bien des égards ses pérégrinations égyptiennes.

    Au fond, la recette est la même : une bonne dose d’autodérision, un humour misant largement sur les différences culturelles et les caractéristiques raciales en évitant d’un côté la grossièreté et de l’autre la rectitude politique, un personnage décalé par rapport au monde dans lequel il évolue, etc. Pour marquer la différence entre les deux films, on aura cependant eu la bonne idée de situer l’action du deuxième douze ans plus tard. De 1955 on passe donc à 1967, ce qui a une incidence à la fois sur le rapport d’OSS 117 à la société (déjà inculte, le personnage devient en plus réactionnaire) et sur l’esthétique du film (le filmage est clairement marqué par les swinging sixties).

    Réglons tout de suite le cas de Dujardin. Sa rencontre avec le rôle d’OSS 117 est de l’ordre de celles qui se produisent trop rarement : voilà un personnage qui semble fait pour un acteur et un acteur qui s’identifie totalement à un personnage. Plaisir considérable, donc, d’assister à un irrésistible numéro comique exécuté avec précision et invention par un comédien de haut niveau. Dujardin est OSS 117 au point où on peut sans risque prédire qu’aucun autre acteur après lui n’osera incarner le personnage.

    Mais le film ne se limite pas à la prestation de sa vedette. On avait déjà reconnu la rafraîchissante ambition de Le Caire nid d’espions, l’audace et l’esprit de plusieurs gags, le raffinement du texte et un certain savoir-faire dans la mise en scène d’Hazanavicius. Si, au final, on pouvait mettre au passif du film un rythme parfois languissant, le reproche était bien léger en comparaison à la somme des qualités. Car il faut redire qu’au cœur du territoire ravagé de la comédie grand public à la française, cet OSS 117 était un véritable oasis. Mené tambour battant par Hazanavicius, Rio ne répond plus n’a quant à lui pas de problème de rythme. Le cinéaste profite ici des moyens découlant du succès du premier film pour bonifier sa mise en image d’une direction artistique élaborée (impressionnant travail sur les décors) et de plusieurs touches référentielles (couleurs vives; emploi de l’écran divisé; effets de zoom) qui évoquent la période pendant laquelle se déroule l’action. Les références du premier film – James Bond et Hitchcock – sont toujours présentes (particulièrement dans la finale qui est absolument hitchcockienne), mais s’y ajoutent des clins d’œil à L’homme de Rio de Philippe de Broca, à la série des Matt Helm mettant en vedette Dean Martin, ou aux deux films dans lesquels Paul Newman campe le personnage de Lew Harper. Sur ce plan, la bonne idée d’Hazanavicius aura été de ne pas trop en faire, c’est-à-dire de ne pas sombrer dans la parodie pour cinéphiles avertis, d’éviter de recourir systématiquement au second degré et de ne jamais tenter de voler la vedette à Dujardin par des effets de mise en scène (ce qui avait été l’erreur fatale de Jan Kounen dans 99 francs). Se concentrant plutôt à trouver la bonne distance pour mettre son personnage en valeur, Hazanavicius se révèle ici un artisan efficace, intelligent et consciencieux.

Marcel Jean

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