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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

LES DOUX-DINGUES

2009-07-23

    Dans un monde où les films se consomment plus vite qu'un cornet de crème glacée en pleine canicule, il faut sûrement être un peu fou pour se lancer dans un projet comme celui de Lost Films. Ou avoir les poches bien pleines, l'un n'excluant heureusement pas l'autre. Car, honnêtement, sans ces doux-dingues, ces passionnés du 7e art, on s'y ennuierait quand même un peu plus.

    Marc Olry fait partie de ceux-là. Ancien accessoiriste (notamment sur Travaux, on sait quand ça commence…de Brigitte Rouän) et assistant-réalisateur (sur Karnaval de Thomas Vincent), l'homme s'est depuis donné une mission : « lutter contre l'oubli et le désamour ». Un peu plus et on en ferait un poème. Et comment le brave homme compte-il s'y prendre? En faisant fonctionner sa toute nouvelle société de distribution, Lost Films. Seul membre de l'organisme, Olry s'y est donné comme rêve d'y accueillir et d'en relâcher des morceaux rares et oubliés de l'histoire de cinéma, tel ce The Children's Hour, n'ayant pas bénéficié de nouvelle sortie commerciale depuis 1962 et dans lequel William Wyler orchestrait les larmes en cinémascope des belles Audrey Hepburn et Shirley McLaine. Seul film pour l'instant au catalogue de Lost Films, le mélo reprendra donc le chemin du grand écran en France pour le simple bonheur des cinéphiles.

    Mais Lost Films n'est que l'arbre qui cache la forêt, à en croire l'article-enquête de Macha Séry dans Le Monde, formidable recension de ces nouveaux paradis dédiés à l'inoubliable pellicule, nés de l'imagination et de la détermination de ces « chineurs du cinéma » à ne pas laisser mourir leur art.

    Si les politiques de préservation des films ont fait énormément pour le chouchoutage de patrimoine (merci à toutes les cinémathèques de ce monde), la conservation n'est pas une idée si récente dans l'histoire du cinéma. De nombreux films sont passés entre les mailles de l'histoire, jetés à la poubelle ou donnés après leur exploitation, leurs bobines dormant toujours dans un recoin sombre où ils risquent l'oubli définitif ou pire la destruction. Toujours selon l'article de Séry, 50% des films de l'histoire du cinéma auraient ainsi disparu tandis que 80% des films muets antérieurs à 1930 auraient carrément été détruits. Pour le mythe, il existerait ainsi un premier montage de La splendeur des Amberson d'Orson Welles sur lequel plus personne ne pourra plus jamais poser les yeux. Les chiffres donnent sincèrement le vertige. Car une culture sans histoire, une culture qui ne prend pas soin de soutenir ces regards vers le passé est une culture en voie de disparition. Cela a peut-être l'air catastrophiste, mais comment savoir où l'on va si l'on n'a aucune idée d'où l'on vient?

    Heureusement, restent donc ces farfouilleurs, véritable Indiana Jones de la pellicule perdue, cherchant pour nous ce que l'Histoire a laissé de côté. Des gens capables de s'évertuer des mois à retrouver 45 secondes d'images du Cleopatra de J. Gordon Edwards (1917), un des trésors de la collection de Serge Bromberg, président de Lobster Films ou qui, au détour d'un marché aux puces, peuvent avoir l'incroyable bol de dénicher deux films perdus de Méliès ou 4 minutes de Le cas de Lena Smith, fantasme du collectionneur réalisé en 1929 par Josef Von Sternberg. Des visionnaires capables de comprendre aussi toute la portée et la puissance d'internet dans ce domaine, comme le montrent les sites Silentera ou Lost Films (rien à voir avec celui du début), ce dernier né sous les auspices de la Cinémathèque allemande en 2008 et qui recense près de 3500 de ces films précieux – dont 37 des films allemands les plus recherchés -, commentés et analysés dans les moindres détails par des experts internationaux.

    La prochaine fois que grand-maman vous demandera de vider son grenier ou qu'une visite chez un antiquaire vous placera sous le nez d'antiques et poussiéreuses bobines non identifiées, ne levez pas le nez et appelez ces joyeux doux-dingues. Ce sera peut-être l'histoire du cinéma que vous tiendrez entre vos mains.

Bon cinéma

Helen Faradji

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