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FFM. UN AVANT-GOÛT  -  par Gilles Marsolais

2009-08-27

     Pour de nombreux observateurs, la cause est entendue : le FFM n'offre pas suffisamment de films de qualité aux cinéphiles pour retenir l'attention, et encore moins pour se mériter un espace critique... ailleurs que dans une publication généraliste. Il est vrai que depuis plusieurs années, de l'avis même des journalistes des quotidiens qui se concentrent sur elle, la Compétition officielle est d'un niveau affligeant, indigne d'un festival de catégorie A, compétitif par définition avec palmarès et trophées à la clé. Il est aussi vrai que les autres sections, fréquentées davantage par les critiques des revues spécialisées en cinéma, ressemblent à un vaste fourre-tout visant à contenir tant bien que mal les quelques centaines de films (400, cette année !) que le FFM propose dans le désordre, sans suivre de ligne éditoriale claire.

    Mais, en cherchant bien – et il faut vraiment chercher – , on finit par dénicher quelques perles au fil des ans, dont l'excellent Okuribito/Departures de Yojiro Takita, présenté en compétition l'année dernière et qui par la suite, après s'être distingué dans le circuit des festivals, est allé jusqu'à rafler l'Oscar du meilleur film étranger. Ce qu'il faut pour vivre de Benoît Pilon, reconnu ensuite comme le meilleur film québécois de l'année, figurait aussi au menu de cette compétition. Ailleurs, notamment dans la section Hors Concours de l'année dernière, on a pu faire quelques trouvailles (Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen, Maradona By Kusturica d'Emir Kusturica, et surtout Roman Polanski : Wanted and Desired de Marina Zenovich), en plus d'autres films forts estimables, tels que Élève libre de Joachim Lafosse, et Les citronniers d'Eran Riklis, etc. Mais il n'en demeure pas moins que le bilan de cet exercice, au terme d'un marathon épuisant de recherches et de visionnements, est faible. Alors qu'en sera-t-il, qu'en est-il cette année ?

    À vue de nez, en fouillant dans d'interminables listes, quelques titres a priori – et sous toutes réserves – pourraient retenir l'attention du cinéphile averti comme du critique. Dans la Compétition on ira ainsi voir ce que deviennent Claude Miller (Je suis heureux de voir que ma mère soit vivante), Roger Cantin (Un cargo pour l'Afrique), ou même Tony Gatlif (Liberté). Mais, comme d'habitude, ce sont les sections Hors Concours et Documentaires du monde qui pourraient réserver les plus agréables surprises.

    Dans la première, on voudra voir 1981 de Ricardo Trogi, film d'ouverture de l'événement, et Love & Savagery de John N. Smith, dont on était sans nouvelle depuis son exil à Hollywood. On ne ratera pas le dernier Theo Angelopoulos (La poussière du temps), avec Willem Dafoe et Bruno Ganz, le deuxième film d'une ambitieuse trilogie, même s'il est précédé d'une rumeur fort défavorable à cause de son récit tarabiscoté sur le destin de deux personnages ballottés par l'histoire. Et, non sans méfiance, on sera curieux de voir ce qu'ont à dire Francisco Lombardi (Un corps nu), Andrzej Wajda (Tatarak, une version polonaise des Grandes chaleurs ?), Karen Shakhnazarov (Salle numéro 6, d'après Tchekhov), et même Danielle Thompson (Le code a changé). On aimera juger sur pièce Villa Amalia de Benoît Jacquot, avec Isabelle Huppert, d'après le roman de Pascal Quignard, qui a suscité des avis divergents dans son pays d'origine. On aimera vérifier le bien-fondé de la rumeur favorable entourant Tear This Heart Out de Roberto Sneider, le film le plus cher (6,5 M$) produit au Mexique. Et ce sera sûrement un plaisir de revoir Sandrine Bonnaire, passionnée d'échecs dans Joueuse, le premier film de Caroline Bottaro, alors que Sœur Sourire de Stijn Coninx ne pourra que nous détendre...

    Dans la seconde section, on ne manquera pas Toxicosis de Baochun Wang, sur le trafic de la drogue entre la Birmanie et la Chine, et L'important c'est de rester vivant de Roshane Saidnattar, pour ses témoignages sur l'époque des Khmers rouges au Kampuchea démocratique (Cambodge). Aussi, on sera curieux de voir, à tout le moins pour leur sujet, Tusarnituuq! Nagano au pays des Inuits de Félix Lajeunesse, sur le Maestro qui multiplie les occasions de démystifier la musique classique, et For the Love of the movies : the story of American film criticism de Gerald Peary, sur la situation de la critique de cinéma aux États-Unis, notamment dans le contexte du développement irréversible de l'Internet. On verra aussi avec plaisir Éloge du chiac – Part Two de Marie Cadieux, qui retrouve les personnages du film de Michel Brault quarante ans plus tard, au Sud-Est du Nouveau-Brunswick, afin de tâter le pouls de la francophonie canadienne.

    Mais, bien malin qui pourrait se hasarder à mettre de l'avant quelques titres parmi les 107 longs métrages (!)  de la section bazar Regards sur les cinémas du monde. Parmi les quatre films de la curieuse série « Suite noire » ( des produits télévisuels, probablement satiriques, d'une durée de 60 minutes chacun), il faudra peut-être aller voir si Guillaume Nicloux (Cette femme-là) n'a pas perdu la main avec La reine des connes.

    Bien sûr, d'autres films se révéleront dignes d'intérêt, peut-être parmi les premières œuvres, innombrables : la comédie d'Evgeny Afineevsky, Oy vey ! My Son is Gay !, parviendra-t-elle à renouveler le genre ? Invisible Eyes d'Olivier Cohen sera-t-il un suspense digne de ce nom ? Mais l'ennui - et il est de taille –, c'est qu'il faudra se farcir une flopée de films sans intérêt pour finalement parvenir à dégoter quelques films prometteurs, c'est-à-dire des films au ton original, plus ou moins réussis mais qui mériteraient un meilleur traitement : perdus dans la multitude, ils risquent fort de passer inaperçus. Quoi qu'il en soit, on fera le bilan de ces prédictions et de nos découvertes à la toute fin du festival, le 8 septembre.

Gilles Marsolais

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