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LA SPIRALE FATALE

2009-08-27

    Il y a des films que l'on ne se lasse pas de revoir parce que leur part d'ambiguïté ou de mystère atteint une fascination certaine, il y a un charme de l'incompréhension devant ces films énigmatiques ou sibyllins, scénarii non bouclés et impossibles à résumer ;  comme Milan Kundera le dit des meilleurs romans, le meilleur film ne se raconte pas. Prenons par exemple ceux que Joseph Losey a tournés avec des scénarii d'Harold Pinter, Accident, The Servant, The Go-Between

 

    Mais ce n'est pas d'un Losey-Pinter dont je vais vous causer (ah ! ces deux-là, s'ils avaient pu mener à bout leur projet de porter à l'écran justement le plus irracontable des romans, la Recherche du temps perdu de Proust !), mais d'un Losey, de l'un des meilleurs titres de la longue filmographie du plus britannique des cinéastes américains, le superbe Monsieur Klein, tourné et produit en France, scénarisé par les Italiens Franco Salinas et Fernando Morandi, joué par une aristocratie d'interprètes (Delon, Moreau, Berto, Flon, Lonsdale, Jean Bouise, le regretté Jean Bouise, si extraordinaire acteur, et Louis Seigner de la Comédie-française – avant qu'il ne meure dans l'incendie de sa chambre).

 

    Venu du théâtre (dans l'influence de Brecht rencontré à Berlin en 1935) et passé maître derrière la caméra (comme ses grands contemporains Bergman et Visconti), Joseph Losey était un grand directeur d'acteurs. Le cinéaste de Boom ! (1968, scénario de Tennessee Williams avec Taylor et Burton) allait trouver avec Dirk Bogarde la quintessence de ses rapports subtils avec l'acteur, le grand acteur, celui qui inspire plus que celui que l'on dirige. Dans Monsieur Klein, il s'est servi, avec un Delon « dédelonné » qui a rarement été aussi juste, aussi bon, et avec la musique grave de la voix de Suzanne Flon qui est en soi une œuvre d'art. Tant d'adresse dans ces interprétations rentrées, ces tenues tapies (tout le monde se méfie, c'est l'Occupation, la France de 1942, le Vel d'Hiv ; qui est Juif ? Mais M. Klein est Alsacien ? Pourquoi reçoit-il un jour le journal Informations juives ?), font de ce film un chef-d'oeuvre.

 

    « Pinterien », Losey, qui est décidément si peu Américain (le maccarthysme l'avait fait s'exiler en Europe comme d'autres de la génération apparue après la guerre 39-45, Dassin, Rossen, Huston), est ici un auteur carrément « kafkaien » avec cet envoûtant (château ou procès) Monsieur Klein. Le bourgeois Robert Klein, marchand d'œuvres d'art qui rachète à bas prix des tableaux aux Juifs traqués, est un imperturbable salaud que joue parfaitement Delon. Son personnage va lentement entrer, dès lors que le nom de Klein sonne juif et qu'on le « fiche », dans une spirale qui lui sera fatale. Il voudra trouver son homonyme, le démasquer, et son enquête aussi discrète que névrotique va le perdre… Peu de films sont aussi subtils et sont menés si insidieusement sur la question de l'identité juive.

 

    En 1977, ce film de Losey raflait trois César (le film, la réalisation, les décors). On peut le voir sur TFO mardi le 1er septembre à 21 heures. En bonus, dans le rôle de Nathalie, on remarquera la Québécoise Francine Racette, une fille de Joliette (née en 1947) qui s'est un temps très bien placé les pieds après sa sortie de l'École nationale de théâtre : en 1968 elle est la Juliette du Roméo que Cacoyannis met en scène à Chaillot ; avant de tourner avec Losey, elle venait de faire Lumièrede Jeanne Moreau pour lequel elle récolta le César de l'actrice de soutien ; en 1987, elle jouait le rôle de la mère de Julien dans Au revoir, les enfants de Louis Malle. Depuis, le temps a passé. Mais qu'est-elle donc devenue ? Est-elle toujours mariée avec Donald Sutherland ?

 

Quant à moi, je vous reviens en octobre…


Robert Lévesque

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