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Films de la semaine

JOUEUSE - critique de Juliette Ruer

2009-09-03

PETITE PARTIE

    Ce n'est pas désagréable, mais convenu. Pour un premier film, Joueuse est  une œuvre étonnement sage et prévisible. La réalisatrice Caroline Bottaro a su cependant  s'entourer. Elle a adapté au cinéma le livre de Bertina Heinrichs, sur une femme de ménage qui devient championne d'échec. Elle a comme producteur Dominique Besnehard, célèbre agent dont il s'agit de la première production, et jouent pour elle les excellents comédiens Sandrine Bonnaire et Kevin Kline. Et parce que la réalisatrice avait flashé sur  Flashdance, l'américaine qui fait découvrir les échecs à la femme de ménage n'est autre que Jennifer Beals… Tout ce beau monde est en Corse, et il ne se passe rien dans la vie d'Hélène. Elle fait des ménages, aime son mari, sa grande fille. Elle est effacée. En découvrant les échecs, la passion entre dans sa vie. Elle apprend à y jouer, y pense jour et nuit, délaisse son travail, sa famille et ses amies. Son mentor sera un médecin mystérieux, veuf, américain et  bougon qui la poussera à l'excellence. Sandrine Bonnaire a ce rayonnement qui n'appartient qu'à elle pour briller en douce, même dans l'effacement le plus complet, et Kevin Kline s'amuse à la nonchalance dans une autre langue.

    Que ce jeu de stratégie silencieux et sensuel, où les regards et la gestuelle participent au calcul soit mis en parallèle du sentiment amoureux et du désir; cela n'a rien d'un scoop et l'on nous avait fait le coup plus franchement avec L'affaire Thomas Crown
. Ici, les regards vont durer et le désir monter évidemment, mais si l'on anticipe les émois, on ne les aura pas. Pas clairement, en tout cas. Pas uniquement surtout, puisque le jeu sert de levier général à un changement de vie. Hélène se transforme et laisse éclore les rêves enfouis, le talent, l'audace, etc.

    Et ce film n'est que ça, une chenille qui devient papillon; un bouleversement gigantesque pour une histoire humaine, mais une anecdote trop  gentiment rapportée en tant qu'œuvre cinématographique. Comme si la réalisatrice avait voulu éviter le piège du trop plein de la première fois  -  trop s'attarder et trop montrer -, elle avait choisi de trotter comme une souris sur les rails. Elle ne fait l'économie de rien, elle est juste moins bruyante.

Juliette Ruer

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