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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

C'EST LA RENTRÉE

2009-09-03

    Chaque rentrée, c'est la même chose : le vague hâle péniblement obtenu pendant l'été nous quitte, les rues se repeuplent et un vague sentiment de mélancolie se met à trotter dans l'air. Le meilleur semble derrière nous. Vraiment?

    Non. Un simple coup d'œil aux sorties cinéma inscrites au calendrier pour les prochains mois peut suffire à rallumer une étincelle d'énergie. L'automne devrait être beau.

   C'est d'abord à la Cinémathèque qu'il faudra courir pour se faire plaisir, avec deux rétrospectives majeures : d'abord celle consacrée à l'immense Raymond Depardon du 9 septembre au 3 octobre (voir le numéro de la revue 24 Images en kiosque ces temps-ci) en présence, en outre, du vénérable cinéaste pour une leçon de cinéma qui s'annonce pas piquée des vers les 9 et 10 septembre. Changement de continent du 8 au 17 octobre, où la Cinémathèque en collaboration avec le Festival du Nouveau Cinéma s'occupera du cas Campion en présentant une intégrale de ses films (on reverra avec plaisir son tout premier Sweetie), dont son tout récent et cannois Bright Star, en avant-première le 21 septembre à 18h30.

    En salles, le mois de septembre sera consacré aux plaisirs coupables, parmi lesquels It Might Get Loud, un doc sur l'histoire de la guitare électrique qui s'annonce…électrisant, Jennifer's Body, ou les tribulations d'une pom-pom girl serial killer (!) scénarisée par Diablo Juno Cody et filmée par Karyn Girlfight Kusama et bien sûr la réunion Soderbergh-Matt Damon pour The Informant, un thriller comique (ou le contraire) pour lequel les rumeurs sympathiques s'amoncellent. Les étoiles s'aligneront ensuite pour une jolie gradation jusqu'à la fin de l'année. Ainsi, dès octobre se cotôieront curiosités (le premier film de Drew Barrymore, Whip it où se mêleront tatouages et rollers, intrigue, c'est certain, les trémolos de Michel Louvain dans Les dames en bleu, un doc que consacre Claude Demers aux fans de la première heure du chanteur qui ouvrira le Festival du Nouveau Cinéma aussi), trahisons probables (le délicieux univers imaginé par Sempé dans Le petit Nicolas résistera-t-il aux assauts de Valérie Lemercier et Kad Merad? La version remontée par Warner du Where the Wild Things Are de Spike Jonze nous fera-t-elle regretter le retour du génial réalisateur?) et beaux morceaux (le 31, en ouverture du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue sera présenté le nouveau Bernard Émond, La donation, dernier volet de la trilogie des vertus théologales consacrée à la bonté laisse déjà présumer d'un duel au sommet entre Élise Guilbault et la Anne Dorval de J'ai tué ma mère pour le Jutra de la meilleure actrice 2009).

    Après une virée charmante dans l'Angleterre des années 60 (An Education de Lone Scherfig sur un scénario de Nick Hornby), le mois de novembre deviendra pour sa part le théâtre de belles retrouvailles. Du moins l'espère-t-on pour Richard Kelly. Décrété jeune prodige alors qu'il présentait Donnie Darko, il y a quelques années, le cinéaste n'a pour l'instant concrétisé aucun des espoirs placés en lui. The Box, adapté d'une nouvelle fantastique de Richard Matheson rétablira peut-être la donne. On prendra aussi avec plaisir des nouvelles de la cinéaste Sophie Deraspe (Rechercher Victor Pellerin) dont le Signes Vitaux s'annonce alléchant. Vers le 20, Robert Guédiguian délaissera le folklore pour plonger dans l'histoire politique française en dépeignant un réseau de résistants durant la seconde guerre mondiale dans L'armée du crime. Le 25 reste une date à risque: criera-t-on au génie ou au scandale devant l'adaptation de Fellini par Rob Marshall dans Nine, une comédie musicale au casting impressionnant (Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard, Pénélope Cruz, Judi Dench, Nicole Kidman, Sophia Loren..!), ricanerons-nous autant que les journalistes cannois devant l'Antichrist de l'auto-proclamé « meilleur réalisateur du monde » Lars Von Trier? Enfin, le 18 décembre, les Étreintes brisées d'Almodovar nous feront-elles l'effet d'un cadeau de Noël en avance ou d'une bûche glacée indigérable?

    Restent 4 films parsemés dans le programme automnal dont nous attendons sincèrement beaucoup: l'adaptation du post-apocalyptique The Road de Cormac McCarthy (la bande-annonce est peut-être affreuse, mais quel livre!), ce fameux Imaginarium of Dr Parnassus de Terry Gilliam, cette rencontre au somment entre Clint Eastwood et Nelson Mandela dans Invictus à la fin de l'année et ce A Serious Man des frères Coen attendu avec une impatience non dissimulée. Prions les dieux que toutes ces locomotives ne nous déçoivent pas, l'automne serait alors franchement raté.

Bon cinéma

Helen Faradji

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