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HUSBANDS - critique de Marcel Jean

2009-09-09

HOMMES À LA DÉRIVE

     Dans la filmographie de John Cassavetes, Husbands (1970) prend place entre Faces (1968) et Minnie and Moskowitz (1971). Il s’agit de son premier film personnel tourné en 35mm (contrairement à ce qu'indique le Larousse du cinéma) et en couleurs. Considéré à sa sortie comme un demi-échec, ce récit tragi-comique constitue pourtant l’une des pièces majeures de l’œuvre du plus célèbre des cinéastes indépendants américains. On y trouve en effet le caractère débridé et excessif qui fait la marque d’un cinéaste aux aguets, traquant les acteurs dans leurs derniers retranchements, saisissant au vol leur expression brute qui entraîne le film de la comédie au drame, d’une émotion à une autre, dans une prise de risques rarement égalée.

    Sous-titré « a comedy about life, death and freedom », le film raconte  quatre jours dans la vie de trois hommes à l’aube de la quarantaine, trois bourgeois de Long Island se retrouvant pour les funérailles de l’un de leurs meilleurs amis, victime d’une crise cardiaque. Pendant ce long weekend qui les mène jusqu’à Londres, ils tentent de sortir de la vie figée qu’ils ont choisi, ils exorcisent leur peur L’homme de quarante ans selon John Cassavetes : la galère et la dérive de la mort en se comportant comme des adolescents en goguette.

    Pour obtenir l’exceptionnelle vérité qui émane du film, Cassavetes a écrit un scénario de base qu’il a réécrit et peaufiné pendant trois semaines de répétitions intenses avec ses partenaires acteurs, Peter Falk et Ben Gazzara (c’est le réalisateur qui interprète lui-même le troisième larron). Cette méthode axée sur l’acteur, qui fonde largement la manière du cinéaste, est à l’origine de véritables morceaux de bravoure, le plus impressionnant étant sans contredit la très longue séquence du concours de chant, où l’humanité des personnages s’exprime avec crudité et tendresse, dans un mélange troublant de vulgarité, de détresse et d’exaltation.

    Le dvd qu’offre aujourd’hui Sony Pictures s’ajoute à l’impressionnant coffret de cinq films que Criterion lançait en 2004 et qui incluait Shadows, Faces, A Women Under the Influence, The Killing of a Chinese Bookie et Opening Night. Il s’agit de la première édition dvd d’Husbands disponible en Amérique du Nord. On  a privilégié la version de 142 minutes, dite intégrale même si on sait qu’une version de 154 minutes a été présentée au festival de San Francisco (il existe aussi au moins deux versions plus courtes du film, l’une de 131 minutes, l’autre de 138 minutes). La qualité de transfert et la compression sont d’assez bonne qualité. On regrettera cependant l’absence de sous-titres français.
Côté bonus, le commentaire du critique newyorkais Marshall Fine, auteur de l’ouvrage Accidental Genius : How John Cassavetes Invented the American Independant Film (Miramax Books, 2006), est extrêmement précis et détaillé, en plus d’être riche en anecdotes signifiantes. Un making of d’une demi-heure construit autour d’entretiens avec le producteur Al Ruban, l’acteur Ben Gazzara et le directeur photo Victor Kemper vien compléter l’ensemble.

Marcel Jean

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