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DES CHÈVRES ET DES CHOUX

2009-09-10

    6h25. Quai 17 de la gare Bonaventure à Montréal. Départ pour Toronto. 95% des passagers vont au festival, c’est certain. Plusieurs visages d’habitués, de blasés même. Ce qui n’empêchera pas l’excitation de poindre. Le TIFF. 10 jours, 270 longs dont 96 en première mondiale, 64 courts, 19 sections, de la vedette à la pelle…et pas de prix. En tout cas, pas institutionnalisés. Il y a bien les prix du public, des meilleurs film et premier film canadien, mais à Toronto, l’ambiance n’est pas à la hiérarchie (sauf pour les journalistes, mais c’est une autre histoire). Plutôt à la gloutonnerie. Ce qui explique d’ailleurs ce sentiment d’embarquer dans un FFM de luxe où productions de prestige côtoient sans complexe navets les plus achevés (oui, il y a de la place pour les navets au TIFF, Daybreakers, une série Zzzz de vampires qui a le culot de se prendre au sérieux par exemple, ou encore The Boys are Back où Clive Owen trimballe sa jolie gueule de pub Ralph Lauren dans l’outback australien filmé façon Martha Stewart) et films les plus audacieux, les plus stimulants, dont ceux de Dumont, Claire Denis, Korine, Herzog qu’on attend impatiemment mais aussi le gros des troupes cannoises, comme aujourd’hui Von Trier et son renard parlant dans le fumeux et puritain Antichrist et Almodovar et sa déclaration d’amour un peu molle au cinéma dans Etreintes brisées.

    Comme au FFM, donc, beaucoup, beaucoup de films, mais comme seulement à Toronto, des films excitants… Au minimum, qui suscitent la curiosité. Au milieu, le festivalier. La tête qui tourne, le regard hagard devant le programme, le cœur serré devant les choix déchirants qu’il faudra faire. Jennifer’s Body à 12h, Antichrist à 12h15 ou Broken Embraces à 12h30? Fishtank à 16h30 ou The Men who stare at goats à 17h? Et Nymph de Pen-ek Ratanaruang, à 18h30, on le case où? Pas de palmarès, donc, mais une « sélection naturelle » que le joyeux festivalier fera tout seul, comme un grand. L'advil est déjà prêt…

    Bien sûr, pour s'aider, on peut se dire qu'un festival, ça s’approche en général par le début. Par son film d’ouverture. Pour la première fois ici, la bête ne sera pas canadienne, mais britannique. Une biographie de Darwin, excusez du peu, signée Jon Amiel et dans laquelle Paul Bettany se tape l’ingrat boulot de faire vivre à l’écran le père de la théorie de l’évolution. Ingrat, car on ne souhaiterait à aucun acteur d’avoir à se dépatouiller dans un film si convenu, si lisse, si confus aussi. Musique de chambre, Jennifer Connelly déguisée comme pour un bal victorien, sentimentalisme à tous les étages et Darwin transformé en pauvre vieux fou dominé par ses émotions : la foule sera peut-être polie lors de la soirée au Roy Thomson Hall (en projection de presse, les journalistes ne l’ont pas été, quittant la salle par grappes dépitées). Mais elle aurait sûrement préféré comme nous voir The Men who Stare at Goats lui faucher la place d’honneur.

    Farce satirique, politique, vitriolique, délirante au vrai ton comique original, ce film de Grant Heslov, adapté d’un bouquin de Jon Ronson, fait revivre l’esprit de M.A.S.H. à l’heure de la guerre d’Irak. Réminiscences des meilleurs Coen (leur nouveau sera au programme demain, on s’en reparlera), mêlant slapstick le plus pur et regard tantôt pertinent, tantôt naïf sur notre monde débalancé, le film tire le meilleur de Jeff Bridges (créateur d’une unité spéciale de Jedi au sein de l’armée US!), George Clooney (plus Tom Selleck que jamais), Ewan McGregor (en irrésistible nigaud au coeur brisé) et Kevin Spacey, hilarant, pour renvoyer l’Amérique cynique et corrompue dans les cordes et libérer un formidable plaidoyer pour le retour des utopies et des idéaux. Dors et déjà, un de nos chouchous. Finalement, le choix aura été le bon.

Helen Faradji

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