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UN TIFF AU MASCULIN?

2009-09-11

    Féminin, le cru 20009 du TIFF? C’est en tout cas ce que défendait ce matin le New York Timesen oubliant visiblement un précepte de festivalier : « au premier jour, des tendances tu n’essayeras pas de créer ». Car si, certes, Mesdames Kusama-Cody (Jennifer’s Body, malheureusement manqué mais pour lequel les rumeurs sont excellentes), Campion (Bright Star, dont la dernière bobine a apparemment été monté à l’envers hier lors de la projection de presse!) et Lone Scherfig (An Education, une fable charmante dans le Londres des années 60, malgré ses clichés, adorables, et ses conventions, délicieuses) s’étaient hier retrouvées réunies par les hasards de la programmation, rien ne laissait plus présager aujourd’hui un quelconque female power à surveiller.

    Certes, les filles sont encore là. Mais aujourd’hui, elles manquent (dans le très beau Irène d’Alain Cavalier, maniant toujours l’autoportrait avec art, dérision et une sincérité troublantes) ou elles souffrent (Slovenian Girl de Damjan Kozole, un film cru, réaliste, sans concession sur les déboires d’une jeune étudiante/call girl). Quel destin. Demain sera peut-être un autre jour pour les héroïnes.

    À Toronto, il y a environ 25 festivals possibles. Selon son humeur, les aléas, le temps qu’il fait (gris mais chaud et moite, aujourd’hui, un peu comme dans Independencia du philippin Raya Martin, présenté aujourd’hui et qui évoque l’histoire coloniale de son pays, entre formalisme extrême et regard quasi-anthropologique sur la nature) : toutes les programmations personnelles sont possibles. Avec toujours ce sentiment de rater autre chose. Le TIFF est un festival aussi nourrissant que frustrant, il faut s’y faire. Pour pouvoir voir Up in the Air du montréalais d’origine Jason Reitman (Juno), il a ainsi fallu sacrifier Trash Humpers d’Harmony Korine. A-t-on bien fait? Peut-être pas. Annoncé comme le nouveau Slumdog Millionaire qui l’an dernier avait ravi le cœur des festivaliers, Up in the air démarre il faut le dire sur les chapeaux de roues : Clooney, retrouvant cette fois ses airs de Cary Grant d’aujourd’hui, se balade à travers les Etats-Unis pour licencier les pauvres employés de sa méga-entreprise. Les répliques sont parmi les plus drôles de l’année, le ton est vif, pertinent, plein d’esprit, la brutalité de notre monde moderne s’en prend plein le nez, jusqu’à ce que…Jusqu’à ce que l’appel de la comédie romantique essoufflée se fasse entendre. Et voilà notre pauvre film s’évaporant au cours d’un dernier tiers laissant retomber tout le soufflé. Les lunettes 3-D remises au public pour découvrir The Hole, nouvelle série B de Joe Dante présentée lors de la séance suivante (un peu d’horreur, beaucoup d’effets, et encore plus de rires complices pour les fans) auront  peine réussi à ragaillardir les troupes.

    Restaient deux gros morceaux de ce vendredi : A Serious Man des frères Coen, où ils s’attaquent de front mais avec une certaine froideur à ce sujet qui taraudait tant leurs autres films : la judaïté, et The Informant, nouvelle réalisation de Steven Soderbergh et son regard franchement comique sur le début des malversations financières dans les entreprises au début des années 90. Sur l’origine de la crise, donc. Si Matt Damon y est particulièrement en forme (quelque part entre un héros typique des Coen justement, jouant à l’espion pour le FBI sans n’y rien comprendre, et le DiCaprio de Catch Me if you Can), si le film se laisse regarder avec grand plaisir malgré quelques longueurs et maladresses, il est aussi le film-star de la journée. Affiches géantes sur Bloor St., jeunes filles aussi motivées que des pompomgirls sillonnant Bay St. déguisées en affiches du film, Matt Damon payant de sa jolie personne en étant sur place pour répondre à de gentils journalistes bien intentionnés : Warner a mis le paquet. Cela suffira-t-il? À voir lors de la prochaine cérémonie des oscars dont on le sait, le TIFF est une répétition grandeur nature.

Helen Faradji

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