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DEUX MASTODONTES À L'ATTAQUE - par Helen Faradji

2009-09-13

    Au-delà du buzz (puisque tous les films ont un buzz au TIFF), c’était un événement. En ce dimanche quasi-caniculaire avait lieu la projection de presse de Capitalism, a love story. Et s’il fallait n’attribuer à son réalisateur Michael Moore qu’un seul talent, c’est bien celui d’avoir su transformer ses documentaires rentre-dedans en blockbusters que tout le monde attend avec fébrilité. Un roi de la pub, donc. Et quand en plus on sait que ce nouveau projet se donne pour mission de faire le tour de la question du capitalisme et d’évoquer la crise dans laquelle nous sommes plongés, imaginez la fébrilité. Des journalistes excités comme des midinettes (au point que lors des projections suivantes et tout au long de la journée, tous ne semblaient avoir qu'à la bouche: « avez-vous le Moore? »), une salle bondée, des applaudissements nourris lors de certaines scènes et dès le début du générique de fin (une première ici), le film a déclenché l’hystérie. Michael Moore est une rock-star.

    Tout cela était-il mérité? Oui, en partie. Capitalism a love story, où l'homme à la casquette et à la subtilité de bulldozer se met un peu moins en scène que d’habitude, fait honnêtement partie de ses bons coups. Si la première partie, sorte de sous-Roger and Me, ne déroge pas à sa méthode outrancière, catastrophiste et misérabiliste, usant toujours d’effets de montages faciles mais efficaces et de collages finalement assez bien-pensants, le film finit par prendre son ampleur pour devenir un chant d’espoir plutôt convaincant. Annonce de l’élection d’Obama (l’émotion est toujours aussi vive), combat gagné par des ouvriers en grève, opinion publique se réveillant enfin après le vote d’urgence d’une aide financière aux banques américaines en faillite, analyse très pertinente du combat démocratie vs capitalisme : Michael Moore tourne enfin sa caméra vers des raisons de croire en des lendemains qui chantent, vers des raisons de continuer à résister. Et s’il le fait avec son ironie continuellement binaire, ses contre-points à la Eisenstein et ses piques populistes, sa sincérité et sa naïveté de Robin des bois de l’Amérique des perdants finissent par remporter la mise. Son portrait d’un peuple apparemment enfin décidé à prendre les choses en main et à ne plus se laisser manger la laine sur le dos aussi. Le cinéaste se serait-il trouvé une conscience?

    L’autre événement du jour, certes une coche en-dessous sur l'échelle de la rumeur publique, avait lieu à l’autre bout de ville où il fallait courir pour pouvoir découvrir Mr Nobody de Jaco Von Dormael, tout juste récompensé pour ses décors à la Mostra de Venise. Le cinéaste belge qui n’avait pas tourné depuis 1996 (Le 8eme jour) y change radicalement d’approche en faisant preuve d’une ambition visuelle et narrative proprement hallucinante, n’ayant rien à envier aux plus grosses productions américaines. Film de science-fiction empruntant autant à Enki Bilal qu’à THX1138, à la philosophie d’Heidegger ou Eternal Sunshine of a Spotless Mind, coproduit par la France, la Belgique, l’Allemagne et le Canada (via Christal Films productions) Mr. Nobody se balade entre 2092, aujourd’hui, les années 60 pour suivre Nemo Nobody (Jared Leto, un autre revenant) dans plusieurs réalités parallèles. À moins que ce ne soit une illusion... (les soupirs d’agacement de plusieurs journalistes dans la salle en disaient long sur les pirouettes que s’y est permis Dormael). Vraiment impressionnant visuellement, le film s’emmêle pourtant souvent les pinceaux dans ses strates en se transformant rapidement en un pot-pourri de mythes, légendes et autres fables assez confus tout en patinant aussi rayon dialogues, d’un romanesque gnangnan parfois navrant. 

    Mais ces mastodontes n’ont pas empêché d’autres films, moins médiatiquement choyés, d’exister aujourd’hui. C’est un des avantages du TIFF : l’absence de compétition déhiérarchise les sections, tous les films sont démocratiquement logés à la même enseigne. Un bon point pour un film comme Tales from a Golden Age, réunissant plusieurs légendes urbaines de l’ère communiste illustrées par différents réalisateurs roumains sous la houlette de Christian Mungiu (4 mois, 3 semaines et 2 jours) et dont l’humour absurde (définitivement la politesse du désespoir dans ce cas), le charme ironique et l’allant subversif a su séduire les festivaliers. Quand les mastodontes jouent ainsi le rôle de locomotives aidant à dénicher dans la programmation de si jolies et intelligentes petites perles, on se dit que le festival a bien joué ses cartes.

Helen Faradji

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