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ADIEU FALARDEAU, SALUT L'ARTISTE!

2009-09-26

    Pierre Falardeau est mort, au bout d'un long combat contre la maladie. Un peu partout dans les médias, on parle du polémiste, on évoque son nationalisme engagé, souvent « enragé », ses combats et ses prises de position tranchées, qui laissaient peu de place à la nuance. C'est là une facette – importante, à coup sûr – du personnage, la part la plus visible de l'homme public qu'il était devenu au fil des ans, mais qui ne devrait pas nous faire oublier qu'il était avant tout cinéaste. C'est l'artiste que nous voulons saluer ici, trop brièvement, en attendant de revenir  de façon plus exhaustive dans notre numéro de décembre sur son œuvre, certainement l'une des plus marquantes de la cinématographie québécoise des 40 dernières années.

    Même si l'homme est un et unique, et son travail d'intellectuel et de cinéaste tout entier sous-tendu par une seule cause, on distinguera aisément trois veines distinctes dans un corpus qui compte près de vingt films. La première, chronologiquement mais aussi en terme de volume, est constituée par les documentaires, la plupart co-réalisés par Julien Poulin (Continuons le combat, Pea Soup, Le Steak, Le temps des Bouffons et plusieurs autres) : le  discours y est tranchant, le regard sur le monde fortement influencé par la formation d'anthropologue de Falardeau, qui aime avant tout y confronter des images et des réalités, proposer des montages audacieux et fortement subjectifs, dénoncer des états de faits qui le scandalisent. Le second groupe de films, trop peu nombreux – en partie certainement parce que Falardeau a toujours eu maille à partir avec les institutions – constitue une sorte de « trilogie de l'enfermement » : Le Party, Octobre et 15 février 1839 sont en effet tous les trois des huis clos (un procédé qu'affectionnait particulièrement le réalisateur)  dont on retiendra surtout, davantage encore que leur teneur politique certaine, la qualité des émotions qu'ils arrivent à communiquer au spectateur. Et il ne faut certes pas oublier la série des Elvis Gratton, monument comique aussi singulier que controversé ; Falardeau aimait par-dessus tout le fait qu'il rejoignait grâce à ces films un large public populaire, dont il s'irritait par ailleurs qu'il n'en comprît pas toujours toute la charge satirique.

    Comme tout ceux qui s'engagent avec cœur dans un « combat », Pierre Falardeau n'a pas toujours évité de se placer en contradiction avec son propre discours, ni de tomber parfois dans un manichéisme un peu réducteur. La meilleure part de lui-même, il l'aura donnée selon nous dans son œuvre, nettement plus nuancée qu'on l'affirme généralement, pleine de doutes et de questionnements, cohérente dans sa volonté de « choquer »  - dans le sens premier de donner un choc à – l'inertie ambiante, et plus que louable pour sa recherche d'une vérité humaine.

Pierre Barrette

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