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ADIEU PHILIPPINA - par Robert Lévesque

2009-10-01

    Un clin d’oeil pas rap’ au film de Jacques Rozier – que devient-il, Rozier ? Je pense à son Adieu Philippine que j’ai tant aimé, le noir et blanc si clair, Juliette et Liliane inséparables « amandes philippines », la virée en Corse avant l’Algérie qui attendait ferme Michel l’appelé, rare film (avec le Muriel de Resnais) à évoquer l’Algérie en 1962. Rozier, si je compte, a 83 ans aujourd’hui, mais avec ce clin d’œil au sujet d’un prénom, c’est une autre Philippine que je veux saluer en revenant à la chronique, une Philippine appelée par la mort le 30 juin dernier : l’Allemande Philippina Bausch qui s’était tranché le prénom pour aller danser. La géniale chorégraphe Pina Bausch. Une artiste incomparable. Une impératrice.
 
     Sur ARTV le 5 octobre à 21 heures, on verra la captation de l’un de ses premiers ballets, Orphée et Eurydice, dansé sur la musique de Christoph Willibald Gluck (celle-là même dont on entend un extrait dans Réjeanne Padovani). C’était alors, en 1975, son cinquième ouvrage et son deuxième Gluck car il y avait eu Iphigénie en Tauride. Depuis 1974, revenue des États-Unis, Pina Bausch était la directrice du Ballet de Wuppertal. À compter du milieu des années 1970, elle allait sidérer le monde avec ses chefs-d’œuvre, créant ce que l’on appellera la danse théâtre, le tanz theater, me jetant sur le dos lorsque je vis de mes yeux vus son magistral Kontakthof (danse contact) à la Place des arts dans les années 1980.
 
    C’est en 1976, lors d’une soirée hommage à Brecht, qu’elle entama sa révolution, présentant un spectacle de danse qui rompait complètement avec les formes conventionnelles du ballet. Sept mois après cet impact, elle créait son Sacre du printemps et c’était parti : Café Müller (son enfance dans le bistro de ses parents à Solingen), Nelken (dansé dans les œillets), Palermo Palermo, Masurca Fogo que j’ai vu à Ottawa et tant d’autres… Au vingtième siècle, des artistes de l’envergure de Pina Bausch sont à compter sur les doigts de deux mains et demie…, Schönberg, Picasso, Brecht, Genet, Beckett, Fellini, Callas, Karajan, Bergman, Gould, Gracq, Bernhard, Woody Allen et notre Philippina Bausch née le 27 juillet 1940 en Rhénanie-du-Nord-Wesphalie…
 
    Il y a une Pina du cinéma : d’abord on la voit apparaître dans E la nave va de Fellini en 1982, puis l’année suivante c’est Chantal Ackerman qui lui consacre un documentaire (Un jour Pina a demandé…), et en 2001, pour lui rendre hommage, Pedro Almodovar intègre un bout de Café Müller dans Parle avec elle, et enfin, en 1989, rareté des raretés, son propre film qu’elle tourne sous le beau titre de La plainte de l’impératrice.
 
    La mort de Pina Bausch a saisi d’effroi ses admirateurs dans le monde entier. Le 12 juin 2009, sa troupe du Tanztheater Wuppertal avait créé son nouvel ouvrage qui allait être l’ultime titre de son œuvre : Chili Stuck. Le 25 juin, elle apprenait qu’elle avait un cancer plus qu’avancé et, ce soir-là, elle alla saluer le public à la fin de Chili Stuck. Elle rentra chez elle. Le 30 juin, elle était morte. La plus grande chorégraphe du 20e siècle avait alors 69 ans et seule la mort pouvait l’arrêter de créer. Que les dieux de la danse aient son âme…

Robert Lévesque

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