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CAIRO TIME - critique d'Helen Faradji

2009-10-08

QUE LE SABLE EST FIN, QUE LES PYRAMIDES SONT BELLES...

    Ah, l’Egypte. Ses déserts de sable fin. Ses majestueuses pyramides. Son Nil enchanteur. Ses mâles séducteurs. Ses affolantes danseuses du ventre. Ah, l’Egypte de carte postale que l’on vend fantasmée aux touristes en mal d’aventures. C’est cette Égypte, carton-pâte et soleil couchant mêlés, que filme Ruba Nadda dans Cairo Time, sans souci d’installer une quelconque vérité, une quelconque personnalité. Pourquoi l’aurait-elle fait d’ailleurs? Telle quelle, sa bluette lui a permis de ramener sur sa cheminée le trophée du meilleur film canadien. Pourquoi se forcer?

    Juliette est rédactrice en chef d’un magazine féminin canadien. Son mari, qui travaille pour l’ONU, s’occupe d’un camp de réfugiés à Gaza. Dans l’idée d’y retrouver son légitime, elle file au Caire, histoire de profiter des paysages millénaires et de l’ambiance si particulière. Mais l’homme est coincé à Gaza et la belle s’ennuie. Juliette est journaliste, mais a la curiosité d’une huître. Heureusement, le beau et raffiné Tareq, un ami de son mari, se propose de lui faire visiter la ville... et plus si affinités.

    Rien qui ne sente le toc, le trafiqué, le téléphoné dans cette romance à l’eau de rose. De l’Égypte caricaturale, filmée dans de bien jolies lumières, comme dans un dépliant de voyage, aux personnages repliés sur eux-mêmes et définis en deux grands traits sommaires, en passant par les dialogues d’une affligeante pauvreté (« votre hijab est très joli » dira la ravissante dame à la femme de chambre de son hôtel, pour bien montrer que les différences culturelles importent peu quand le tissu chatoie) et l’exotisme de pacotille de l’ensemble, pas un moment de ce Cairo Time qui ne semble porté par l’envie de séduire la ménagère de 50 ans en la faisant rêver à des ailleurs et des amours clandestins.

    Rien n’y fonctionne. Ni même, c’est un comble, la passion amoureuse, censée nous faire gober cette vision bourgeoise et compassée des relations Occident-Orient dominées par la bonne conscience et la culpabilité, et qui paraît aussi excitante qu’une 25eme rediffusion de la Petite maison dans la prairie revue et corrigée par Barbara Cartland (n’attendez même pas le baiser, c’est bien trop vulgaire). Quant au couple Patricia Clarkson (qui porte de très jolies robes, même dans le désert, on est chic ou on ne l’est pas) et Alexander Siddig, on se contentera de les observer, ennuyés,  occupés à se regarder dans le blanc des yeux, l’air énamouré. Un morceau de robot à celui capable de voir leur relecture de la scène d’échecs de The Thomas Crown Affair sans pouffer. Rien d’étonnant alors, devant tout cela, que l’on se sente vite poussé à crier à l’imposture. Comment ce film « de prestige » poli, lisse, manichéen, condescendant et dégoulinant a-t-il pu remporter les suffrages à Toronto? Comment accepter qu’il passe à l’histoire? Non, décidemment, il y a quelque chose de pourri au royaume du cinéma canadien.

Helen Faradji

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