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LA MAUDITE TARTE - par Robert Lévesque

2009-10-08

    Téléviseur éteint, grève ou trêve, car un texte nous interpelle : il ne nuira à personne le moindrement sensé, et que le cinéma en tant que septième art intéresse vraiment, de lire l’article d’André Habib, Mortes tous les après-midi, que l’on trouvera sur l’excellent site web de la revue Hors champ. Il y est question du film Polytechnique du faiseur jovial et consensuel Villeneuve, un bon garçon, mais aussi de bien plus que cela, entre les lignes, dessous les mots. Car cet article ne se contente pas de prendre le contre-pied de l’accueil critique complaisant qu’a connu le film de Villeneuve (ce fut à peu de textes près un trou noir critique), il est en soi un geste magnifique et libérateur, une rare démonstration d’intelligence, un acte intellectuel courageux, un exemple de critique élaborée et capitale. Bref, voilà un regard franc et accusateur sur le cinéma québécois, sur ce que l’on appellerait (si on n’en avait pas secrètement honte) « la qualité québécoise » de ces films subventionnés et produits l’un à la suite de l’autre dans la belle province, en toute innocence, en toute insignifiance, avec une critique qui se contente de compte les entrées au box-office pour apprécier…, comme on compte les moutons pour s’endormir !
 
    Évidemment que je suis d’accord avec le texte d’Habib, que Jozef Siroka a relayé sur Cyberpresse (et que je relaie ici) en le comparant justement au fameux texte du jeune Truffaut aux Cahiers du cinéma en 1954 : Une certaine tendance du cinéma français, pamphlet fondateur de la Nouvelle vague. Truffaut attaquait le « cinéma de papa », Habib, aujourd’hui, au Québec, fait plutôt face, sans le nommer ainsi, au « cinéma de mononcle », au « cinéma de matante », le vieux Arcand, le bon Villeneuve. Mais il y a aussi quelque chose du « J’accuse » de Zola dans cette entreprise critique aussi forte que celle d’Habib. Ce « cinéma qui nous veut du bien », comme il l'écrit en référence au texte de son collègue Nicolas Renaud, c’est le degré zéro (le commerce, donc l’échec) d’un art que très peu de cinéastes (Côté, Jean, Asselin, Émond, Pilon, notre nouvelle vague) défendent eux à bout de bras, d’esprit et de coeur, tous les autres étant passés du côté d’une productivité stakhanovisto-imbécile dont les films d’Émile Gaudreault, par exemple, de Huard, de Guy A. Lepage, d’Yves Desgagnés, de Sophie Lorain, sont devenus l’étalon commode d’une démission cinématographique au profit de producteurs pressés et sans scrupules.
 
    Regardez Nuit de noces, par exemple, qui passe le 14 octobre à 22 heures sur ARTV, un produit 2001 déjà ranci de ce Gaudreault, une bêtise, tout pour la ligne et sa chute (mais on n’est pas Audiard), tout pour le punch supposément comique de matante que Pierrette Robitaille (mais on n’est pas Lucile Ball) maîtrise les yeux fermés et le bec pincé comme on réussit sa tarte aux pommes à numéros alors que personne n’a jamais osé dire à quel point elle ne changeait pas, la maudite tarte… Parlant de cinéma de mononcle et de matante, ce cinéma en effet descend de Roméo Pérusse et de Juliette Pétrie, il n’a connu ni Gilles Groulx ni Pierre Perrault, il ne connaît plus que le guichet, le ticket…, il fait la manche, il se noiera…
 
    Bref, merci André Habib d’avoir secoué les habits de l’habitude. Le cinéma québécois a besoin de telles déculottées. Que s’est-il passé pour que, de La maudite galette qui fleurait bon l’avoine et l’avidité d’une humanité abandonnée, galette roulée avec talent, l’on en soit maintenant aux maudites tartes qui puent la recette simpliste quand la critique n’a plus de nez… ?
 
Robert Lévesque

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