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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

DES FESTIVALS ET AUTRES PETITES TRACASSERIES

2009-10-08

    C'est donc hier qu'a débuté la 38e édition du Festival du Nouveau Cinéma, une ouverture placée sous le signe des charmants trémolos de Michel Louvain, héros des Dames en Bleu, un documentaire signé Claude Demers (pour suivre l'événement, ne ratez pas le blogue quotidien que tiendront plusieurs plumes de 24images.com ici même; pour les détails de la programmation www.nouveaucinema.ca). Mais si le seul nom du FNC parvient toujours à exciter les foules cinéphiles, impatientes de découvrir le menu de l'année, cette édition 2009 reste néanmoins particulière. Depuis quelques semaines, le couvercle de la marmite a en effet été soulevé par plusieurs : pas, ou en tout cas peu de gros noms cette année, peu de films porteurs, de grands événements cinéma attendus (Audiard, Haneke, Resnais, Loach, Arnold, To sont ainsi aux abonnés absents). Faut-il y voir un problème ? Pas si sûre. Certes, dans le livre du programmateur de festival idéal, ces locomotives tiennent une place de choix : celle de gros canons à la suite desquels il est plus facile de placer des films « méconnus », discrets, fragiles. Comme des éclaireurs, ils aident le festivalier à se retrouver dans une programmation qu'ils équilibrent, lui donnant des repères, des jalons, à partir desquels il devient alors plus facile de se lancer à l'aveugle dans le défrichage du reste de la sélection. Cette année, au festival de Cannes, cette hiérarchie se laissait d'ailleurs voir au grand jour : une compétition officielle dominée par les grands noms, jouant leurs rôles de leaders, et des sections parallèles bourrées de trouvailles à faire, de premiers films sans feuille de route, de petites merveilles à dénicher. Au FNC, le ratio semble inversé : un programme fait de surprises à tire-larigot, parsemé ci et là de mastodontes cannois (Élia Suleiman et son Temps qui reste, Pedro Almodovar et ses Etreintes brisées, Lars Von Trier et son Antichrist, Brillante Mendoza et Kinatay et basta). Non, la programmation 2009 du FNC n'est pas idéale, tout le monde en convient. Est-ce pourtant une raison de s'en désoler ?

    Sur les questions du pourquoi et du comment de ces absences, payez vous un détour par l'article que signe Gérard Grugeau sur le sujet dans le nouveau numéro de la revue 24 Images (en kiosques à compter de demain vendredi) qui fait le tour du sujet avec pertinence. Sur les conséquences de ces interrogations, on se permettra une digression. Car, en elles-mêmes, ces absences n'ont rien de tragique pour le festivalier. Pour la plupart (exception faite de Mendoza, dont le cinéma reste largement ignoré par chez nous), les principaux films de Cannes devraient en effet selon toute logique trouver à un moment donné le chemin de nos écrans. Devant ces films, un festival ne joue pas réellement un rôle de dénicheur, en offrant la seule et unique occasion de les découvrir. Un festival doit aussi, - il en tirera sa légitimité -, savoir être audacieux en faisant plusieurs paris : celui de mettre en lumière des auteurs que le circuit traditionnel de la distribution ignorerait plus souvent qu'autrement mais aussi celui de l'appétit de son public. Et sur ce dernier point, autant dire que le FNC 2009 n'est rien d'autre qu'un test grandeur nature de la curiosité des foules montréalaises.

    En théorie, cet appel au désir des cinéphiles est loin d'être une mauvaise chose. Mais dans un monde où le cinéma et l'art semblent de moins en moins capables de rejoindre leur public, la chose peut pourtant légitimement effrayer et laisser imaginer le pire. Dans un monde cauchemardesque, on finirait ainsi par retrouver dans nos journaux des propos comme ceux tenus par le ministre de la fonction publique italien, Renato Brunetta et rapportés par le journal Le Monde. S'en prenant à l'absence de films italiens dans le palmarès du dernier festival de Venise (oui, en plus de l'affreuse distinction films vendeurs/films de festival, il en ajoute une couche en ramenant la question nationale sur le tapis), le brave ministre, décrit avec beaucoup d'humour par l'auteur de l'article comme un « professeur d'économie dans le civil, mais cinéphile approximatif », demande à son homologue à la culture de « fermer le robinet des financements publics » dénonçant « la culture parasite qui vit de ressources publiques et qui crache sur son propre pays » et « les réalisateurs qui touchent 30 ou 40 millions d'aides et qui ne font que 4000 euros de recettes » (une plainte a été déposée par le cinéaste Michele Placido contre cette délicieuse tirade). Pour résumer : seuls les films rentables, nos fameux gros canons donc, auraient le droit d'exister et d'être célébrés lors de festivals puisqu'ils seraient les seuls à pouvoir engranger des résultats de box-office. Mais tout cela, on l'a déjà dit, ce serait dans un monde cauchemardesque. Tout cela, ce serait dans un monde où les cinéphiles ne seraient pas curieux et n'iraient voir, lors de festival, que des titres connus et reconnus, sans exercer à plein leur droit fondamental à la découverte.

Bon cinéma

Helen Faradji

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