Format maximum

Blogues

BLOGUE DU FNC 1 - par Marcel Jean

2009-10-08

DE L’ART DIFFICILE D’OUVRIR UN FESTIVAL DE CINÉMA

    Il y a quelque chose de paradoxal avec les ouvertures de festival : tout le monde veut y être, alors que pour bénéficier du privilège de voir le film il faut passer à travers des moments plutôt pénibles. D’abord il y a la bousculade pour entrer, la file pour récupérer ses billets, la salle pleine et la soirée qui commence en retard. Puis il y a les discours, inévitablement trop longs, les trop nombreuses bandes annonces et enfin le film. Rendu à ce point, tout le monde en a déjà marre, alors le public a la mèche courte… Voilà pourquoi choisir le film d’ouverture d’un festival est un art.

    Hier soir s’ouvrait le FNC, au Cinéma Impérial. Tout a commencé comme prévu, du moins jusqu’à ce que la représentante de la ville de Montréal, Madame Catherine Sévigny, livre un ahurissant discours avec un enthousiasme tonitruant. L’assistance, d’abord médusée, est vite passée au bord du fou-rire face à l’inclassable performance de la dame, mélange explosif de pep talk, de spoken words involontaire, de harangue politique et de panégyrique caricatural. Je me demande si le Canadien se serait fait rosser 7 à 1 par Vancouver hier si Madame Sévigny avait pu parler aux joueurs entre la première et la deuxième période…

    Nicolas Girard-Deltruc, le directeur général du festival, avait la difficile tâche d’enchaîner. On le comprend d’avoir eu un peu de mal à trouver le ton. Après tout, il venait comme nous d’assister à un moment d’anthologie et devait faire comme si de rien n’était. L’ineffable Claude Chamberlan, attifé  du costume de John Lennon version Sergent Pepper’s, a fait tout ce qu’on attendait de lui :  il a été brouillon (c’est sa signature), charmeur (dans l’une de ses mille autres vies, il a été crooner), marrant et bien d’autres choses encore… Il n’allait tout de même pas se laisser voler le show par une politicienne!

    Quand Claude Demers, le réalisateur de Les dames en bleu, est finalement monté sur scène pour y aller des remerciements d’usage, on savait que le film allait bientôt commencer. D’abord un court métrage sympathique, Porte-bonheur, réalisé par des enfants d’Hochelaga-Maisonneuve et les moniteurs de leur camp d’été, puis l’émouvant documentaire que Demers a consacré aux admiratrices du crooner Michel Louvain. Dédié à la mère du cinéaste, ce film attachant a pour plus grand mérite de rendre justice, avec tendresse et complicité, à cette catégorie de femmes que Jean-Claude Lord avait si bêtement méprisé dans Parlez-nous d’amour, en 1976 (mais la bêtise, Jean-Claude Lord en a fait une carrière).

    Les applaudissements qui se sont fait entendre à plusieurs reprises en cours de projection ont démontré que Chamberlan et son équipe avaient misé sur le bon cheval. L’ovation bien sentie qui a suivi le film a confirmé que l’assistance avait passé un bon moment. Puis, moment de pur bonheur, les dames du film sont montées sur scène, bientôt suivies par Michel Louvain en personne, toujours impeccable, aussi fidèle à son image que Claude Chamberlan peut l’être à la sienne… Et lorsque Margot, l’une des fidèles amoureuses du chanteur, a pu enfin réaliser son rêve de chanter, sur une scène, devant une salle comble, la foule jubilait… Le moment, à lui seul, valait les désagréments du début de soirée. C’est ça, une ouverture réussie!

    Lors de la fête organisée plus tard, au QG du festival situé au Cœur des sciences de l’UQAM, on a vu quelques chouettes images : Michel Louvain conversant avec Claude Robinson, par exemple, ou encore une rencontre au sommet entre Louvain et Serge Laprade. Un vrai fantasme de madame! On a même vu le cinéaste Claude Demers dégustant un sucre à la crème préparé par l’une des « dames en bleu ». Elle en avait amené une pleine boîte! Michel Louvain adore ça, mais il ne peut pas trop en manger : on ne reste pas un modèle de séduction à 72 ans en s’empiffrant de sucreries! La soirée allait bon train, les dj et le bar ouvert ont fait le reste…

    Aujourd’hui on passe aux choses sérieuses. C’est cinéma, cinéma. Pourquoi pas commencer, à 13 heures (au cinéma du Parc), avec Behind Jim Jarmusch, documentaire sur l’irréductible cinéaste indépendant américain tourné sur le plateau de The Limits of Control? Ce soir, deux sections lancent leurs activités à l’Impérial. D’abord Focus, consacrée au cinéma canadien, qui s’ouvre à 19h30 avec la projection de Nuages sur la ville, du collègue Simon Galiero, dont on pense le plus grand bien. Comptant sur un casting étonnant – Jean Pierre Lefebvre, Robert Morin, Téo Spychalski, l’ami Galiero a réalisé une tragicomédie pleine d’invention. Ensuite Temps 0, la section programmée par Julien Fonfrède qui prend son envol à 21h30 avec Taqwacore : The Birth of Punk Islam d’Omar Majeed, une plongée au cœur de la nouvelle scène du rock musulman post-11 septembre. C’est parti!

Marcel Jean

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.