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QUAND J'ÉTAIS CHANTEUR - Critique d'Helen Faradji

2007-04-19

Giannoli, épicier variété

    On trouve un peu de tout dans le nouveau film de Xavier Giannoli (Les corps impatients), Quand j'étais chanteur. Un peu de mélancolie façon Christophe. Un peu d'impertinence façon Vartan. Un peu de romance façon Iglesias. Et bien sûr, un peu de nostalgie façon Delpech. Comme la chanson, le cinéma se fait synonyme de variété. Dans tous les sens du terme.

    A milles lieues de la finesse virtuose d'On connaît la chanson, Quand j'étais chanteur réveille donc une certaine nostalgie de la chanson française populaire et sans chichis. Dans les bals de Clermont-Ferrand, les couples se forment et se déforment au son des reprises qu'entonnent le chanteur Alain Moreau et son orchestre. Discothèques, thé dansants, maisons de retraites, Moreau les enchaîne, la passion devenue depuis longtemps automatisée. Jusqu'à ce qu'une petite blonde au sourire triste et au regard bravache vienne lui redonner ce fameux coup au cœur dont il avait tant besoin.

    Film d'acteurs bien plus que de mise en scène, celle-ci n'existant jamais que comme instrument au service de la musique, Quand j'étais chanteur fait donc se confronter la présence rustaude de Gérard Depardieu qui paraît, enfin, intéressé par un de ses rôles et la fronde de Cécile de France, enfin mise en face d'un rôle multi-dimensionnel. La chimie prend, et l'amitié amoureuse improbable unissant les deux touche.

    Jusqu'ici, tout va bien. Mais quelque chose cloche. Quelque chose comme ces longueurs qui empèsent le récit, incapable de tenir toutes ses promesses, malgré un montage dynamique. Quelque chose aussi comme ces maladresses du cinéaste face à la tristesse. Quelque chose enfin comme cet arrière-plan ethnographique éclairé sans réel relief, ce drôle de regard sur la « France d'en bas ». Certes, Giannoli refuse toute condescendance et c'est tant mieux. Pourtant, comme par peur d'être taxé de snobisme ou d'élitisme (ouh, les vilains mots), tout son film s'emploie alors à magnifier cette simplicité et cette authenticité de ceux que les feux de la rampe ont oubliés. Dans Quand j'étais chanteur, on peut gagner des ventilateurs dans des tombolas, enlever ses chaussures pour danser ou même dire des phrases comme
« les chansons disent toujours la vérité ». Dans Quand j'étais chanteur, on peut aimer d'amour, avoir de vraies peines et de vraies joies. Dans Quand j'étais chanteur, personne ne juge, ou à peine, car c'est cela la vraie vie. Tout cela est bien simple, tout cela est bien beau. Aucun cynisme, aucun mépris dans ce best-of de la douce France, c'est entendu. Mais on ne pourra s'empêcher de regretter cette pointe de populisme qui retiendra au final le la du film de sonner parfaitement juste.

Helen Faradji

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