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BLOGUE DU FNC 2 - par Gilles Marsolais

2009-10-09

DES VENTS CONTRAIRES

    La présente édition du FNC s'accompagne d'une rumeur voulant que les sélectionneurs auraient eu du mal à confectionner la programmation cette année faute d'obtenir les titres convoités, dont plusieurs, annoncés puis retirés, se sont pourtant retrouvés à Toronto. Seulement dans le vivier de Cannes, n'ont pu être repêchés Le ruban blanc de Michael Haneke, Fish Tank d'Andrea Arnold, Un prophète de Jacques Audiard, Les herbes folles d'Alain Resnais, Eyes Wide Open de Haïm Tabakman, etc. Il faut s'en désoler, mais le Festival du nouveau cinéma n'en continue pas moins de susciter une attente chez les cinéphiles qui misent encore cette année sur la confirmation de sa ligne éditoriale, malgré des vents contraires.

    Certes, il est trop tôt pour porter un jugement sur la manifestation qui vient à peine de débuter, malgré les signaux contradictoires envoyés en ouverture par le film locomotive, Les dames en bleu de Claude Demers. Ce film s'adresse à un plus vaste public ne serait-ce que par son sujet : le spectacle de ces dames d'un certain âge qui en pincent toujours pour l'idole de leur jeunesse, le chanteur de charme Michel Louvain. Évitant la condescendance ou le mépris, il est d'abord un hommage à un phénomène fort sympathique de la culture populaire. Un hommage mérité, vu la sincérité, la bonté et la profonde gentillesse de ce crooner qui ne craint pas de s'agenouiller littéralement devant ses admiratrices qui se nourrissent de cet amour pour le redistribuer autour d'elles. Une fausse note : des extraits en n/b de Lonely Boy/Paul Anka montrant de jeunes admiratrices hystériques ne cadrent pas avec le côté fleur bleue de ces dames alors qu'elles avaient le même âge et que naissait le phénomène Michel Louvain.

    À l'occasion de son cinquantième anniversaire, un homme abandonne tout, femme, famille et maison, pour aller retrouver Gertrud, une pute avec qui il a déjà eu une relation sado-masochiste extrême, afin de la prendre en charge et même de partager sa vie d'invalide. Mais, est-ce bien le remords qui le pousse à agir ainsi – prélude à sa propre rédemption –, ou est-il simplement obsédé par le fantasme qu'elle incarne ? Koma, premier film de Ludwig Wüst (Autriche), qui témoigne d'un sens aigu de la mise en scène, pose plus de questions à travers son style elliptique qu'il ne donne de réponses. Et ce n'est pas forcément un défaut pour un film qui cherche à nous déstabiliser, à nous tirer de nos idées toutes faites sur la société, et qui offre un contrepoint détonant au film de Claude Demers! En comparaison, il n'y a pas beaucoup de cinéma, et encore moins de « nouveau cinéma » dans Handsome Harry de Bette Gordon, un autre film axé sur l'idée de la rédemption : terriblement prévisible, il ressemble à un produit télévisuel datant d'une quinzaine d'années...

    Quoi qu'il en soit, le FNC offre une belle rampe de lancement aux jeunes cinéastes québécois. Ainsi, Sophie Deraspe concourt pour la Louve d'or avec Les signes vitaux, un autre film déstabilisant qui explore avec lucidité la frontière et le passage entre la vie et la mort, en abordant avec audace le tabou de l'euthanasie et la part d'ombre que peut parfois receler le don de soi; alors que dans la section Focus,  Simon Galiero assiste enfin à la sortie de son premier long métrage, Nuages sur la ville. Le FNC semble donc bien sur ses rails malgré quelques crissements de roues, surtout que les wagons de ses diverses sections sont solidement arrimés et chargés de quelques produits précieux, prometteurs, ou intrigants. Il ne faudra surtout pas rater le magnifique wagon de queue, Mother de Bong Joon-ho, un film fascinant qui se joue des codes propres aux genres qu'il aborde et qui... ne passera qu'une seule fois!

     Mais on peut déjà profiter d'autres belles surprises. Au moyen d'une image en noir et blanc parfaitement justifiée, Left Handed de Laurence Trush illustre, à partir d'un cas type, le phénomène d'un mal typiquement japonais (hikikomori) qui affecterait un million de jeunes adolescents, mâles pour la plupart. Un jour, sans motif apparent, l'ado se coupe du monde pour s'enfermer dans sa chambre et dans le mutisme, pendant des mois, voire des années, se refusant à tout contact direct avec l'extérieur. Languide à souhait, la première partie du film capte les réactions de la famille, désemparée et honteuse, devant le déclenchement de cette pathologie ainsi que ses répercussions sur la vie du couple; la seconde partie est nettement plus dynamique avec l'arrivée d'un psychologue dans le décor qui parviendra à extirper l'ado de son état d'hibernation, et elle fait comprendre avec une belle économie de moyens qu'il faut distinguer l'élément déclencheur d'une telle pathologie (l'échec scolaire, dans ce cas-ci) de sa cause plus profonde (un problème familial latent, couplé à une carence affective, qui apparaîtra au grand jour à l'occasion de cette épreuve).

    Sur le mode documentaire, The Red Race de Chao Gan montre sans faux-fuyants le dur régime auxquels sont soumis les jeunes enfants chinois dans une école de gymnastique, autant pour la gloire de la Chine que pour satisfaire le rêve de leurs parents, dont certains ont
« immigré » à Shanghai dans le but de voir leur progéniture bardée de médailles assurer leurs vieux jours. Le film lève le voile avec intelligence sur un trait culturel méconnu. Mais la pression mise par les entraîneurs sur ces très jeunes enfants – qui peut sembler cruelle – est-elle si éloignée de celle exercée par les parents eux-mêmes dans certaines de nos ligues de hockey réservées aux bouts de chou ?
Il est toujours temps de sauter dans le train...


Gilles Marsolais

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