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BLOGUE DU FNC 3 - par Bruno Dequen

2009-10-10

FANTASIA AU FNC

    Avant de commencer, deux conseils pour les cinéphiles. Si vous vous sentez déprimés et que le piètre climat ne vous aide pas, allez voir un film de Luc Moullet. À 71 ans, le vieux marginal est toujours aussi pince-sans-rire et inclassable. Je n’aurais jamais cru que l’évocation continue de meurtres sordides provoquerait chez moi (et les autres spectateurs également, rassurez-vous) un tel sentiment de doux bonheur de vivre. Enfin, pour tous ceux qui se désolent du manque apparent de gros noms aux génériques des films de la programmation 2009, allez donc faire un petit tour du côté des courts-métrages.  Godard, Maddin, Zhanke, Weerasethakul, Straub… Cette année, les grands font du court.

    Mais passons aux choses ‘sérieuses’. L’événement de la journée, c’était bien entendu la présentation au cinéma Impérial de Survival of the Dead, le dernier film de morts-vivants de George A. Romero, en présence du cinéaste culte. La séance ayant été retardée par quelques problèmes techniques rencontrés par la bande de Prends ça court!, une foule imposante fait la queue vers 21h30 devant l’Impérial. Malgré le retard et la pluie, personne ne semble s’impatienter. Habitués aux files d’attentes interminables du festival Fantasia, ces gens-là ne vont manifestement pas laisser un froid automnal et 45 minutes de retard gâcher leur plaisir. Lors de l’ouverture des portes, tout le monde reste calme et attend calmement la sortie des spectateurs de PCC avant d’entrer. Première surprise dans la salle, peu de gens sont déguisés en zombies.  Aurions-nous à faire à un autre public que celui de Fantasia? Ces gens seraient-ils en fait les cinéphiles réguliers du FNC? Dès l’annonce de l’entrée de Romero par Julien Fonfrède, les doutes se dissipent. Standing ovation immédiate, hurlements (« We love you, George! ») et brandissement de copies DVD et de bandes dessinées. Le cinéaste, fort charmant, reçoit sa Louve d’honneur, semble impressionné par le public, et rappelle à tous que de nombreux moments du film ont été conçus pour faire rire.

    Dès le générique, la double origine des spectateurs présents se fait sentir.  La simple mention du nom de Romero sur le générique provoque à la fois cris de joie (Fantasia) et appels doucement irrités au silence (FNC). Par la suite, les fantasiens, quelque peu domptés, réservent leurs réactions enthousiastes et leurs rires d’approbation aux quelques trouvailles gores parsemées dans le film. Le top 2 du public : un militaire qui se fait arracher la joue et un zombie qui se fait incendier par un pistolet de détresse. Pour le reste, rien à dire.  Divertissant et sans intérêt, le film n’était de toute façon qu’une excuse pour pouvoir créer un événement autour de la venue du cinéaste. Et ce dernier s’est finalement prêté au jeu des questions-réponses avec beaucoup de modestie et de gentillesse. De son aversion pour les zombies athlétiques et hyperactifs à son amitié avec Dario Argento (qui voulait  apparemment tourner un film aux États-Unis dans le seul but d’éprouver le bonheur d’utiliser du son direct), Romero a manifestement répondu aux attentes d’un public comblé. Et à voir l’accueil que ce dernier a réservé à son idole, il n’est pas surprenant que la plupart des organisateurs de festivals envient la ferveur dont font preuve les fantasiens. Bien entendu, l’enthousiasme constant et délirant de ce public peut faire sourire (ou irriter, c’est selon) et n’est concevable, à un tel niveau, que dans le cadre d’un festival de genre. Mais il génère un véritable sentiment d’événement et permet aux cinéastes de vivre une expérience mémorable, ce qui, d’un point de vue diplomatique pour les organisateurs, ne doit certainement pas nuire.  Bref, une séance-événement réussie. Préparons-nous pour le marathon de la fin de semaine.

Bruno Dequen

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