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BLOGUE DU FNC 4 - par Fabien Philippe

2009-10-11

FAUSSE RÉPUTATION ET VRAIE RUMEUR

    On aurait pu le parier : l'événement le plus attendu hier était sans conteste la projection d'Antechrist, le nouveau film de Lars von Trier qui débarquait à Montréal avec sa réputation de chien galeux, acquise au dernier Festival de Cannes. Et comme les mauvaises rumeurs piquent toujours la curiosité, la séance affichait complet ! Fait à noter : c'est un public étonnamment jeune qui s'est déplacé et a embarqué dans cette nouvelle attraction von Trier, huilée pour jouer avec nos pulsations cardiaques et notre tension artérielle. Mais hormis un rire général en milieu de film pour le coup du renard qui parle, c'est au dernier tiers de l'histoire que la salle a subit enfin des électrochocs, au demeurant plutôt mous face aux attentes que le film nourrit depuis des mois. Ce n'est pas que Lars von Trier séduit plus, mais il énerve moins. Pas plus d'une dizaine de sièges ont claqué et le toussotement gras d'un spectateur a semblé déstabiliser le public autant que les images du film. Alors le Grand 8 version Lars von Trier toujours aussi vertigineux ? Pas si sûr si l'on se fie aussi aux réactions à la sortie de la salle, qui oscillaient entre rire et incrédulité, encore sous le coup de l'épilogue obscur du film.  Mais rassurez-vous, pour ceux qui souhaiteraient tout de même vivre l'expérience, le manège danois réouvre ses portes aujourd'hui à la séance de 13h !

    Alors où était la vraie sensation du jour à retenir ? Plus logiquement dans le film d'Elia Suleiman, The Time That Remains qui lui arrivait de Cannes avec de très bons échos. Le cinéaste palestinien creuse une nouvelle fois dans la terre boueuse du conflit israélo-palestinien, mais offre ici une fresque qui démarre avec la création de l'état hébreux et s'achève de nos jours. L'image à retenir était les généreux applaudissements du public qui ont accompagné la séquence où Suleiman, à l'aide d'une perche, passe par-dessus le mur qui sépare désormais Israël des territoires palestiniens. Un extrait tout poétique mais finalement très politique, qui a tout simplement fait mouche en quelques images.  C'est dans ce genre de séquences que Suleiman confirme toute sa maîtrise de l'ironie, et sa façon si singulière de créer de la légèreté avec les sujets les plus douloureux. Pour résumer : Suleiman, ce serait un sniper qui tirerait des balles poétiques sans jamais rater sa cible.

    Mais place au programme de ce beau dimanche et aux pépites à ne pas rater. Ca débute dès 15h avec Les beaux gosses  du bédéiste Riad Sattouf, dont on connaît le talent et le mordant pour croquer l'époque ingrate de l'adolescence. Pour son premier film, il se penche à nouveau sur l'époque bénie de nos 15 ans quand la technique du french kiss nous paraissait plus complexe que la lecture de la Thora, et quand nos premières pulsions sexuelles étaient aussi subites que nos éruptions acnéiques. Un film qui se place à hauteur des ados mâles boutonneux, avec des dialogues saisissants de justesse et des situations tordantes. La soirée s'annonce tout aussi jouissive avec Le roi de l'évasion d'Alain Guiraudie qui nous ouvre son pays enchanté, là où un gay bedonnant de 40 ans peut tomber amoureux d'une gamine de 16 ans, où de drôles de plantes décuplent la libido et où les sexagénaires n'ont pas la langue dans la poche dès lors qu' il faut parler sexualité ! Inventif et touchant, à ne pas manquer ! Enfin, vous pourrez étancher votre soif rétinienne avec Eamon, une belle surprise irlandaise autour d'un couple et d'un enfant de 6 ans. Alors que son film débute avec l'esthétique « drame social » homologuée par Ken Loach, voilà que la cinéaste Margaret Corkery amorce un virage inattendu à 180°. Le film quitte la ville pour la mer et c'est entre bronzage et beuverie que vont se révéler les dysfonctionnements et les désirs des personnages.  Un film bien plus mordant qu'il n'y paraît et surtout, avec une bonne dose d'humour sauce nordique !

En bref, la journée s'annonce placée sous le signe des pulsions sexuelles, que demander de mieux ?

Fabien Philippe

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