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BLOGUE DU FNC 6 – par  Gilles Marsolais

2009-10-13

ENTRE FICTION ET DOCUMENTAIRE

    Plusieurs films présentés au FNC cette année lorgnent du coté du documentaire pour s'en approprier l'esthétique ou d'autres caractéristiques, alors que leur contenu demeure fictionnel. Deux d'entre eux se distinguent. Prince of Broadway de Sean Baker, d'abord, nous intéresse moins par son intrigue principale (un jeune immigrant illégal paumé subitement contraint de s'occuper d'un bébé qui serait possiblement son fils) que par sa façon faussement documentaire, caméra au poing, de filmer New York, son rythme de vie trépidant et compétitif, et incidemment, par sa façon de rendre compte de la réalité omniprésente d'une économie parallèle qui participe du dynamisme de ce centre du monde qu'est la Grosse Pomme. Par son recours à l'improvisation qui renouvelle le regard sur une réalité mille fois observée, ce film offre au bout du compte un tableau urbain haut en couleurs qui respire l'air du temps.

    Adaptation du roman Push (de Sapphire) qui suit le parcours d'une jeune afro-américaine obèse et illettrée de 16 ans à Harlem, Precious, de Lee Daniels, a raflé les prix du jury et du public à Sundance avant de faire sa marque à Cannes et ailleurs. Le personnage de Claireece Precious Jones est interprété par Gabourey Sibide qui, en plus d'avoir le physique ingrat de l'emploi, a aussi raflé le prix de la meilleure actrice à Sundance, bien que ce soit son premier rôle au cinéma. C'est dire que sans elle le film n'existerait pas. Elle est le personnage, au point que des spectateurs reçoivent le film comme un documentaire ! Violée par son père qui lui a fait deux enfants et violentée par sa mère, Precious muera progressivement sous nos yeux telle une chrysalide, grâce à son inscription de la dernière chance dans une école alternative où elle rencontrera une enseignante dévouée qui lui fera prendre conscience de son potentiel et qui lui permettra de sortir de son cocon, de son enveloppe étouffante. En évitant aussi bien l'esbroufe que la complaisance dans le sordide, sans pour autant nous voiler le regard, le film rythme admirablement chacun des efforts de ce personnage vulnérable pour échapper à son destin, incluant ses envolées dans l'imaginaire. On ne peut qu'y croire.

Gilles Marsolais

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