Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

OTTAWA MY LOVE

2009-10-15

    Pour des raisons qui semblent hors de la volonté des organisateurs, le Festival international d'animation d'Ottawa (FIAO) a dû déplacer ses dates de septembre à octobre (du 14 au 18), si bien que sa tenue coïncide cette année avec celle du Festival du nouveau cinéma. On peut croire que ce n'est pas bien grave, que le public de l'animation n'a rien à voir avec celui du FNC. Ce n'est pas tout à fait vrai, car le festival de la capitale fédérale s'intéresse lui aussi au « nouveau cinéma » (d'animation). De plus, des festivaliers et des professionnels de Montréal se rendaient régulièrement au FIAO en septembre et au FNC en octobre (après tout, les deux villes sont à deux heures de route l'une de l'autre). Si nous délaissons Montréal à regret, nous arrivons à Ottawa avec optimisme. Toutefois, cette simultanéité, si elle se perpétue, pourrait devenir irritante pour à peu près tout le monde.

    Alors que la plupart des festivals d'animation internationaux délèguent à un comité de pairs la responsabilité de choisir les films de la sélection officielle (une pratique donnant de bons résultats si les membres du comité sont stratégiquement choisis, sinon, les effets pervers sont redoutables quand ils entraînent une sélection molle et incohérente), le FIAO doit sa personnalité à la programmation de Chris Robinson, maître à bord et directeur artistique. Dans le monde de l'animation, Robinson est une personnalité bien connue. Sa façon de présenter les programmes avec détachement et un humour goguenard défie parfois les lois protocolaires. Il est aussi un essayiste assez porté sur la polémique. Ses coups de gueule lui ont d'ailleurs valu parfois quelques hostilités. Ses détracteurs et ses partisans sont nombreux. Pourtant, on trouve davantage de films expérimentaux à Ottawa qu'à Annecy. On doit également à Robinson d'avoir largement contribué à faire connaître l'animation estonienne. Un programmateur a le droit de se tromper, voire de divaguer à l'occasion. La sélection de Chris Robinson ne fait pas toujours l'unanimité. Elle possède néanmoins une réelle signature.

    Ainsi, quand l'affiche de l'édition 2009 a été dévoilée, des internautes indignés, alertés par le blogue d'un enseignant du collège Sheridan en Ontario, ont férocement jeté l'anathème sur cette manifestation qui ne fait pas les choses comme les autres. L'affiche en question, signée Théodore Ushev (on lui doit la couverture du numéro de 24 images sur l'amour du cinéma), est conçue dans un style expressionniste painterly qui a pris à rebrousse-poil cette frange conservatrice de l'animation... Que voulez-vous : on la trouve laide... Les réactions ont été virulentes. L'un des arguments le plus souvent rabâchés : l'affiche ne représente pas ce qu'est l'animation. Affirmation idiote. C'est quoi, l'animation ? Robert Breer ? Matt Groening ? Youri Norstein ? Micheline Charest ? Ne reste plus que ces ultras du bon goût empilent des affiches devant le cinéma ByTowne sur Rideau Street pour un autodafé qui leur donnera la satisfaction d'avoir fait de l'épuration artistique. Plus sérieusement, l'important est d'indiquer ici que le festival prend position par cette affiche, quitte à faire paraître le geste comme de la provocation.

    La plus récente du festival d'Annecy nous ayant laissés sur notre faim, nous attendons les surprises qui pourraient émerger d'Ottawa. 93 courts métrages (répartis en plusieurs catégories : narratif, expérimental, vidéoclip, film publicitaire, film étudiant, film promotionnel, film pour enfants) et sept longs métrages se livreront à la compétition. La compétition des longs métrages s'annonce relevée (Mary and Max, $9.99, Life Without Gabriella Ferri, etc.). On se demande quels critères favoriseront le jury composé de Thomas Meyer-Hermann, Christa Moerker et notre compatriote Marie-Josée Saint-Pierre. Du côté des courts métrages, on parie sur les Estoniens, qui sont ces temps-ci en excellente forme, de même que sur un outsider comme l'irlando-germanique David OReilly, auteur d'une sorte de « Itchy et Scratchy » déconstruit intitulé Please Say Something. Le jury affecté à cette section est composé de 3 américains: Amid Amidi, Jim Blashfield et Susan Pitt.

    En ce qui concerne les Québécois et les Canadiens, on souhaite la meilleure des chances, dans la catégorie « films narratifs », à Bruce Alcock (Vive la rose), Cordell Barker (Runaway, Prix spécial du jury à Annecy), Philip Eddols (Git Gob) Chris Landreth (The Spine), Malcolm Sutherland (The Astronomer's Dream) et Frédérick Tremblay (Le tiroir et le corbeau), de même qu'à Judith Poirier (Dialogue) dans la catégorie « films expérimentaux ». On vous donne le palmarès au retour.

Marco de Blois

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