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BLOGUE DU FNC 9 - par Marcel Jean

2009-10-16

ON NE PEUT PAS TOUT VOIR

    Quiconque a assisté à quelques festivals a compris une chose : il est toujours plus facile de plonger lorsque l’événement se déroule à l’étranger que lorsqu’il a lieu dans sa propre ville. En effet, quand vous êtes à Cannes, à Berlin ou à Annecy, la vie s’arrête entre le film d’ouverture et l’annonce du palmarès. Vous vous métamorphosez en cinéphile à plein temps. Mais lorsque le festival a lieu à Montréal, la vie cherche constamment à reprendre ses droits et les conflits d’horaires sont nombreux. C’est ainsi qu’hier soir j’ai raté In the Attic, du Tchèque Jiri Barta, qui faisait pourtant partie de ma courte liste d’immanquables.  Et pour mon plus grand malheur on m’en a dit le plus grand bien! Barta est ce cinéaste éminemment singulier qui a réalisé, en 1986, une géniale adaptation du Joueur de flûte de Hamelin interprétée par des personnages de bois sculptés et de véritables rats. Un classique! Son dernier film, qui sort après vingt ans de silence, est une allégorie sur le totalitarisme. Il faudra voir à le rattraper dimanche soir, à 19h, à la salle Fellini d’ExCentris.

    Au programme hier, Crackie, une fiction misérabiliste canadienne de Sherry White, prétexte à voir la toujours excellente Mary Walsh dans un rôle dramatique, elle qui s’est fait une spécialité de la comédie. On  ne peut pas dire que la salle débordait d’enthousiasme. Le documentaire de Sylvie Van Brabant, Visionnaires planétaires, suscita davantage d’adhésion. Accompagnant le jeune « écoactiviste » Mikael Rioux, Van Brabant rend visite à une poignée d’écologistes de haut vol, entre Cape Cod, New Delhi et Stockholm, pour livrer un message altermondialiste plein d’espoir. Film chaleureux, didactique, résolument tourné vers la jeunesse, Visionnaires planétaires est l’œuvre d’une militante sincère et énergique, désireuse d’abolir le sentiment d’impuissance des spectateurs en lui substituant le goût pour l’action locale. Sans doute un film nécessaire, un outil de conscientisation fabriqué avec soin.

     Sur un ton plus léger, j’ai réussi à attraper le suave et très raffiné Eccentricities of A Blond Hair Girl de Manoel de Oliveira. Du travail d’orfèvre, proche de l’esprit de Belle toujours, exemple de l’extrême liberté d’un cinéaste qui n’a plus rien à prouver et qui se permet de rendre hommage, à l’intérieur de son film, à l’auteur du récit qu’il adapte, qui s’autorise même à inviter son vieux complice Luis Miguel Cintra à lire un poème de Fernando Pessoa. Dernière projection, ce soir à 18h, à l’Impérial.

    À ne pas rater aujourd’hui, Kinatay du Philippin Brillante Mendoza, qui n’aura sans aucun doute pas de sortie commerciale. Il s’agit d’une œuvre troublante, rigoureuse et exigeante  qui a fait grincer bien des dents à Cannes avant de recevoir un prix de la mise en scène tout à fait mérité. En fait, Kinatay est à renvoyer dos à dos avec l’Antichrist de Lars von Trier, Mendoza proposant une expérience sensorielle de la violence en s’interrogeant sur sa représentation, tandis que le Danois se complait dans une mise en spectacle de la violence se doublant d’un exposé misogyne sur la frustration sexuelle. À l’Impérial, à 21h15.

    Enfin, à 20h30 à la Cinémathèque, Still Walking du Japonais Hirokazu Kore-Eda, histoire de deuil et de famille mise en scène avec un admirable classicisme rappelant Ozu. Allez, on serre les poings et on attaque le dernier weekend!

Marcel Jean

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