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BLOGUE DU FNC 10 - par Bruno Dequen

2009-10-17

LE CINÉMA DU REGARD : LES DEUX EXTRÊMES DE L'EXPÉRIENCE FESTIVALIÈRE

     Le marathon d'un festivalier ressemble bien souvent à un tour de montagnes russes. Quelle que soit la qualité générale de la programmation, certains films plairont, certains décevront et d'autres s'oublieront bien vite. Mais ce qui reste souvent en mémoire après l'événement, ce sont les deux émotions extrêmes que sont le plaisir incomparable de la découverte d'un petit bijou sorti de nulle part et la profonde déception que peuvent générer certains titres très attendus.

    Ces derniers jours, deux films ont représenté ces deux extrêmes de l'expérience festivalière : Amer et Kinatay, films d'autant plus intéressants qu'ils portent tous deux sur le regard du spectateur et le rapport à la violence. Amer, premier long-métrage d'Hélène Cattet et Bruno Forzani, deux jeunes Français établis en Belgique, est mon coup de cœur du festival. Il représente la meilleure expérience qu'un festival de film puisse offrir, à savoir la découverte cinéphilique jouissive et totalement imprévue. Mercredi matin, je n'avais même pas encore remarqué le film dans la programmation (malgré son affiche, qui est pourtant la plus belle de l'année). J'avais même déjà pris un billet pour une séance concurrente. Lors d'un passage éclair dans le quartier général du festival, Julien Fonfrède, le programmateur de Temps Ø, me présente les deux réalisateurs et m'encourage à aller voir le film.  Présenté comme un film d'horreur expérimental en hommage au Giallo (le célèbre mouvement de cinéma d'horreur italien des années 60), le film n'a à priori rien pour m'attirer. Je ne suis pas particulièrement un fan de ce genre de film, et je ne connais presque rien au Giallo (mis à part les quelques Argento et Bava de rigueur). Néanmoins, poussé par Julien et séduit par la gentillesse et la modestie des jeunes cinéastes, je capitule et change mon billet. Quelle bonne décision! Véritable expérience sensorielle et ludique (il faut absolument voir le film en salle) sur la capacité du cinéma à générer la tension et la peur, Amer est un tour de force formel original et bienvenu dans ce genre qui se contente trop souvent de l'exploitation de bas étage. Pour ceux qui n'étaient pas là, les cinéastes représentent leur film aujourd'hui à 15h15.

    Hier soir, par contre, le festival me réservait l'expérience inverse avec Kinatay de Brilllante Mendoza. Ce film-là, pourtant, je l'attendais avec impatience.  Précédé de son prix de la mise en scène controversé au dernier Festival de Cannes, apprécié par plusieurs collègues de 24 Images (Marcel Jean l'a d'ailleurs fortement conseillé dans le blogue d'hier), et proposant à priori une réflexion sur la représentation de la violence et le rapport ambigu au spectateur qui semblait pertinente, ce film m'a indifféré à un point tel que je ne peux même pas comprendre les réactions extrêmes qu'il a pu soulever jusqu'à maintenant. Et mon problème vient justement des partis-pris formels (caméra à l'épaule, rapidité des plans, manque de visibilité, redondance de la bande son) du cinéaste, pourtant célébrés par d'autres. Au lieu de provoquer chez moi une identification très forte au personnage principal, dont nous sommes invités à nous identifier, via une quantité astronomique de contre-champs sur visage décomposé, la mise en scène m'a au contraire complètement distancié de l'image. Résultat : la violence, qui devrait être insoutenable, m'a laissé de marbre. Quelque peu inquiet de mon absence totale de réaction face au film-phénomène, je décidai d'observer la réaction des gens hors de la salle, et je fus frappé par la tranquillité des visages et la légèreté des conversations. Il y a cinq ans, après la projection de Twentynine Palms de Bruno Dumont, les gens étaient chancelants, sous le choc, à mille lieux de la foule d'hier.   

    Pour terminer le festival sur une note plus légère, ne pas rater aujourd'hui la présentation des Derniers jours du monde des frères Larrieu, le film de clôture du festival (sur lequel je reviendrai demain).  Et pour ceux qui veulent faire l'expérience des extrêmes, Amer et Kinatay sont présentés en salle Fellini l'un après l'autre cet après-midi!

Bruno Dequen

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