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Plateau-télé

OZU À TFO - par Robert Lévesque

2009-10-22

    Depuis le 2 octobre et jusqu’au 29 janvier 2010 les vendredis soirs à 21 heures (avec reprise le samedi à minuit et demi), la Télévision éducative et culturelle de l’Ontario français (TFO – ça vaut la peine de donner le nom au complet, c’est la seule télé canadienne qui offre le nec plus ultra de la cinéphilie mondiale) présente une rétrospective (17 des 55 films) du grand maître Ozu, « le plus japonais des cinéastes japonais » comme l’écrivait Sadoul dès les années 40, le fameux mais longtemps éclipsé Yasujiro Ozu, l’un des génies de l’histoire du cinéma. Ces rendez-vous du vendredi sont indispensables à tout cinéphile en herbe, ou en désherbage....
 
Ozu, de son vivant (né en 1903, mort en 1963), a mis un temps énorme à se faire connaître hors du Japon et à entrer dans les cinémathèques occidentales car les chefs-d’œuvre de Kurosawa, Mizoguchi, Kobayashi prenaient toute la place. On ne jurait que par les films de samouraïs et le cinéma japonais, pour les Occidentaux, était celui des sujets anciens (appelé là-bas les Jidai-Geki) avec comme carte de visite de prestige des Rashômon, des Sept samouraïs, des Hara-Kiri, des 47 Ronins, etc. À ces films gigantesquement folkloriques, s’ajoutaient des « films-sabre » et des « films-revolver », entre exploits militaires et combines de gangsters. Dans le cinéma nippon, écartelé entre la noblesse du passé et l’imitation du film noir amerloque, les films d’Ozu se glissaient lentement, subtilement, doucement, et ils étaient aussi sublimes qu’honnêtes.
 
    Car c’est un cinéma immense et fragile que le cinéma social d’Ozu, tous ses films (en noir et blanc jusqu’à la fin des années 50) abordant la vie réelle dans le Japon actuel (le Japon d’Ozu, les décennies trente, quarante, cinquante avec interruption de 1937 à 1945 durant la guerre – Ozu refusa tout compromis, se tint hors des films de propagande, mobilisé, simple soldat). Aux sujets anciens, aux Jidai-Geki, il opposa des sujets modernes, les Gendai-Geki, motifs modernes et modestes, la vie familiale, la survie financière, la vie ouvrière, les rapports parents-enfants, patrons-employés. Le tout filmé en décors réels, dans le Japon des trains, des routes, des ruelles, des restos, des bordels, des bleds de province, des orphelins de guerre… Un cinéma équivalant et surpassant parfois le néo-réalisme italien, maîtrisant le genre si périlleux du mélodrame, le grandissant en quelque sorte, bref un cinéma qui a trouvé une succession dans celui d’un Ken Loach, par exemple....
 
    Tous les films d’Ozu sont à voir absolument. L’œuvre est simple et majeure, humble et magistrale. Ainsi ce 23 octobre, un deux pour un, car on visionnera Une femme de Tokyo, cru 1933 de 47 minutes dans lequel une femme se prostitue pour payer les études de son frère, et Une auberge à Tokyo, cru 1935 d’une heure 15 dans lequel un père commet un vol pour aider une femme dans le besoin. Caméra à hauteur de torse et de regard, ce que l’on a appelé les plans-tatami, l’œil d’Ozu regarde l’humanité sur le même pied que l’humanité, et de cette intimité naît un immense respect, sans idéalisation, sans jugement, sans pathos.
 
    Le 30 octobre : Cœurs capricieux, 1933, un père de famille pauvre qui élève seul son fils malade et dont la relation filiale sera menacée par l’arrivée d’une jeune femme. Le 6 novembre : Histoires d’herbes flottantes, 1934, une troupe d’acteurs ambulants arrivant dans une ville de province. Le 13 novembre : Récit d’un propriétaire, 1947, une veuve qui va aimer comme son fils un orphelin de guerre… Et ainsi de suite jusqu’au 29 janvier 2010 alors que ce soir-là, pour clore le cycle Ozu, on diffusera un documentaire d’Inoue Kazuo, J’ai vécu, mais…, sur cet exceptionnel cinéaste mort à 60 ans il y a 46 ans et qui était le fils d’un assistant opérateur à la Shochiku, un trust du cinéma et du spectacle qui avait été fondé en 1900 par des marchands de gâteaux ambulants…

Robert Lévesque

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