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ANIMATION EXPRESS - critique d'Helen Faradji

2009-10-22

SÉANCE DE RATTRAPAGE

    C’est injuste, mais c’est comme ça. 26 films sur la version dvd classique d’Animation Express, 13 de plus sur l’édition Blu-Ray, un format dont la capacité de stockage démultipliée ne cesse d’étonner. Un point pour les nouvelles technologies qui permettront ainsi au consommateur aisé de découvrir en exclusivité de véritables petites merveilles d’animation, comme La vraie histoire de Sawney Beane (Elizabeth Hobbs), évocation en quelques traits évanescents d’une délicatesse inouïe d’une légende écossaise, Peggy Baker en 4 phrases (Howie Shia) qui mêle avec délié la puissance et la grâce de la danse à la souplesse du dessin, l’oscarisé et tendre Le poète danois (Torill Kove) ou encore Oncle Bob à l’hôpital (JoDee Samuelson) dont la rondeur harmonieuse du dessin n’a d’égal que la beauté de l’émotion. Mieux vaut donc ne pas connaître la crise. Un demi-point, par contre, pour l’ONF qui sort ici son tout premier Blu-Ray en profitant au maximum des capacités visuelles (ah la netteté des traits, la vivacité des couleurs, la précision des contours) de la chose, mais moins de ses ressources sonores (comme dans un dvd traditionnel, le son y est compressé). Une dimension qu’on espère les voir prendre en compte lors de prochaines éditions.

    39 courts, donc, réunis pour faire le tour, et réaliser la diversité et la richesse, de la production récente des studios d’animation de l’ONF. Leur point fort. Leur vache à lait. Vérifiez les listes des nominations aux oscars dans la catégorie court-métrage d’animation des 10 dernières années, vérifiez les palmarès des festivals internationaux : l’ONF n’a plus à y prouver son rang de valeur sûre. Une telle compilation a cet immense avantage de donner tous ces films à voir. Ca n’a l’air de rien, mais dans le monde du court-métrage, parent pauvre de l’exploitation en salles ou à la télévision, c’est absolument énorme.

    Dans cette perspective, il faut lever son chapeau, l’ONF n’ayant pas hésité à pimenter son Animation Express de films très récents : le loufoque et dynamique Runaway de Cordell Barker, primé lors de son passage à la Semaine de la critique cette année, le sublime et émouvant The Spine de Chris Landreth (le Blu-Ray offre également son incontournable Ryan) présenté en primeur au festival d’Annecy au mois de juin dernier, le très burtonien Au pays des têtes de Cédric Louis et Claude Barras présenté en primeur au FFM ou le militant et imaginatif Robe de guerre de Michèle Cournoyer, encore tout frais de sa sélection au Festival du Nouveau Cinéma. Du cœur d’actualité bien saignant et un retour sur le haut du panier des 3 dernières années (à quelques exceptions près) : le panorama est complet.

    Mais si l’idée même de la compilation a cet immense avantage d’être une formidable séance de rattrapage, elle a aussi son inconvénient : l’absence de réelle ligne éditoriale. Petites merveilles, incontournables dont la carrière n’est plus à faire (l’hilarant Isabelle au Bois dormant de Claude Cloutier, l’inquiétant Madame Tutli-Putli de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, le pertinent et sensible Le nœud cravate de Jean-François Lévesque, les expérimentaux et impressionnants Drux Flux de Theodore Ushev et Retouches de Georges Schwizgebel), découvertes à dénicher (le poétique L’ondée de David Coquard Dassault, le rutilant Paradise de Jesse Rosensweet, le vif et coloré Engine 371 de Kevin Langdale) : jusqu’ici, tout va bien. L’ensemble est bien assez fort pour passer plus rapidement sur les quelques scories. Mais Animation Express accueille aussi, et c’est déjà plus étrange, quelques films-gadgets ouvertement destinés aux enfants (L’invasion des crustacés de l’espace, Comment les humains ont obtenu le feu…). Comme des interruptions non souhaitées dans le programme. Comme des accrocs dans un mètre de tissu soyeux. Comme des bizarreries qui auraient probablement mieux trouvé leur place dans une autre compilation. Avoir tout, d’accord, c’est formidable. Mais avoir un tout choisi, c’est peut-être encore mieux.

Helen Faradji

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